MALI : Vers un bras de fer Dioncounda/Sanogo

MALI : Vers un bras de fer Dioncounda/Sanogo

Dioncounda Traoré avec le Capitaine Amadou Haya Sanogo

Dioncounda Traoré. Vous le connaissez ? C’est le président intérimaire malien. Une fois n’est pas coutume : à 4 jours de la fin de son intérim, il s’est signalé à Abidjan le 16 mai où il a rencontré le président de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, Alassane Dramane Ouattara. Le président intérimaire s’est prononcé contre la proposition de la junte d’organiser une convention nationale aux fins de désigner les nouvelles autorités de la transition. Il n’est d’ailleurs pas le seul puisqu’un certain nombre de partis politiques regroupés au sein du Front de refus, avaient déjà récusé l’offre du capitaine Sanogo. La « solution malienne » que proposait le capitaine Sanogo n’a donc pas prospéré. Pour autant, l’on n’est pas sorti de l’auberge, puisque le problème reste entier.

Dioncounda, soutenu par la CEDEAO, devrait poursuivre son mandat comme président de la transition jusqu’aux nouvelles élections. Pour la junte, dans 4 jours, elle ne reconnaîtra pas l’autorité du président intérimaire et invite la CEDEAO et le CNRDRE à trancher. Le fait pour le président intérimaire de s’opposer publiquement aux hommes forts de Bamako marque un tournant dans la gestion de la crise malienne. S’il a osé défier la junte, c’est qu’il a le soutien effectif de la CEDEAO. Toute chose qui laisse présager que son maintien comme président de la transition est toujours l’option de la CEDEAO. Quid de la réaction de la junte dont les chefs et alliés civils sont désormais sous menace de sanctions ? Vont –ils continuer de perturber cette transition qui devait être une étape dans le vaste programme de reconquête des territoires du Nord ?

Le ton entre les deux parties pourrait durcir. Mais désormais, la CEDEAO a un avantage psychologique. Le sursaut d’orgueil du président intérimaire traduit l’agacement de bon nombre de Maliens et leur empressement à sortir de cette guerre de chefs qui n’a que trop duré. L’urgence est ailleurs : le Nord.

Car pendant qu’à Bamako l’on se bat comme des chiffonniers pour diriger la transition, AQMI, Ansar dine et compagnie s’installent et font la loi. Il est temps que tous ces prétendants au pouvoir (classe politique, militaires), la CEDEAO et la communauté internationale se réveillent car une république des Talibans est en train de s’installer dans le Nord Mali, en plein cœur de Afrique de l’Ouest. C’est un fait à Kidal, Gao, Tombouctou, Tessalit … où la porte est ouverte à tous les trafics : drogue, armes, lavage de cerveaux, atteintes aux droits de l’Homme. Aujourd’hui, on voit bien les tentatives d’embrigadement de la jeunesse du Nord Mali à qui les extrémistes ont ôté le droit élémentaire de pratiquer des sports comme le football et le droit de regarder la télévision. Que dire de la mise à sac des lieux de culte des chrétiens et de la profanation des mausolées d’anciens dignitaires musulmans ? L’intolérance et la violence sont ici les deux sœurs jumelles de l’extrémisme religieux de groupuscules qui, dans leurs errements, se révèlent aujourd’hui comme les pires ennemis de l’islam. Vouloir imposer la charia par la force des armes comme dans les temps anciens, c’est se tromper lourdement d’époque et de combat.

Les leaders de l’Azawad doivent être plus qu’embêtés aujourd’hui, après le constat de récupération de leur mouvement. En tout cas, leur mouvement a été infiltré et récupéré par AQMI, Ansar Dine et autres mouvements islamistes qui dictent leur loi dans le Nord du Mali. Les conséquences de cette crise, on ne les mesure pas encore assez mais sur le plan économique, le Mali paie une grande facture du fait que le pays soit brusquement devenu infréquentable. Les Etats- Unis ont suspendu leurs appuis. Exit les revenus liés au tourisme, une des mamelles de l’économie malienne après l’or. Comme les Occidentaux sont la cible de ces groupes qui les enlèvent et les exécutent ou les libèrent après paiement de rançons, les touristes, projets de développement et autres structures de coopération, sont obligés de tourner le dos au Mali, laissant les pauvres populations livrées à elles-mêmes. Elles sont otages d’une situation et la pauvreté aidant (les islamistes sont incapables aujourd’hui de nourrir les populations des zones sous leur contrôle), deviennent des gens manipulables au service des nouveaux maîtres du désert.

Le Niger, la Mauritanie et dans une moindre mesure le Burkina Faso ne sont pas à l’abri du phénomène. La « talibanisation » du Nord Mali est le pire des malheurs qui puisse arriver à l’Ouest du continent. C’est pour cela qu’il faut vite traiter le problème malien avant la contagion tant redoutée. Le soulèvement des jeunes maliens dans le Nord et la sortie du bois du président intérimaire sont les signes d’une résistance qu’il faut soutenir et entretenir. Et pour toutes ces raisons, la CEDEAO et les patriotes maliens doivent aider Dioncounda dans ce bras de fer en gésine, le gagner et accélérer le processus de transition avec ou sans le capitaine Sanogo.

Abdoulaye TAO

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Bona

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