Mauritanie : Le typha, une plante invasive transformée en énergie verte

Le typha

Le typha

Le typha est une plante qui prolifère aux abords du fleuve Sénégal et provoque des dommages considérables. L’Institut supérieur d’enseignement technique de Rosso en Mauritanie (ISET) et l’ONG française Le Gret ont mis en place un programme pour transformer cette plante nuisible en source d’énergie. Cette innovation a reçu ce mercredi à Paris le Prix Convergences International lors du 8e Forum mondial Convergences.

Voilà plus de 15 ans que la population de Rosso se plaint des nuisances causées par une plante d’apparence inoffensive mais qui a colonisé près de 50 000 ha de terres cultivables et provoqué de nombreuses maladies dues à la consommation des eaux infestées. Le Typha Australis, pour les scientifiques, est un roseau qui se répand de manière exponentielle depuis la construction du barrage de Diama en 1986. Construit sur le fleuve Sénégal, ce barrage sert à bloquer l’entrée de l’eau salée en vue de favoriser les cultures. Cette procédure a malheureusement entrainé la prolifération de la plante qui s’étale aujourd’hui sur 130 km. « Avant la construction du barrage, il y avait des forêts, des champs que les gens utilisaient pour nourrir le bétail et pour confectionner des nattes, des nénuphars… Depuis, les gens sont partis. Les activités traditionnelles (pêche, cueillette, élevage, maraîchage) étaient devenues impossibles », se désole Zeine El Abidine Sidatt, conservateur du Parc national du Diawling, en Mauritanie. Cette plante invasive est également une catastrophe pour l’économie mais aussi pour la santé des populations mauritaniennes. Les zones de productions agricoles et les couloirs de navigation sont réduits, et la stagnation de l’eau provoquée par la plante est propice à la propagation de moustiques et de bactéries. Le Typha a également rendu l’eau boueuse et impropre à la consommation causant de nombreuses maladies.

« Faute de pouvoir l’éradiquer, nous l’avons valorisé »

Plusieurs tentatives d’éradication du fléau sont restées vaines. Selon Julien Cerqueira, expert énergie au GRET « on aura beau dépenser des millions d’euros pour le couper, l’arracher, ou le bruler, il n’existe aucune méthode vraiment efficace pour se débarrasser de cette plante qui repousse sans cesse ». C’est alors que l’Institut supérieur d’enseignement technique de Rosso en Mauritanie (ISET) s’est associé à l’ONG française Le Gret pour imaginer une alternative. Dans le cadre du projet, financé par la Communauté européenne, ces chercheurs ont conçu une méthode de conversion du Typha en bio-charbon, une alternative au charbon de bois. « 90 % des ménages mauritaniens utilisent le charbon de bois comme combustible de cuisson, charbon issu des forêts et souvent produit illégalement », explique Julien Cerqueira. La plante devient alors une ressource énergétique renouvelable qui permet de lutter contre la déforestation. « Faute de pouvoir l’éradiquer, nous avons ainsi cherché à la valoriser » s’est réjouit Julien Cerqueira. Un exploit qui démontre, si besoin en est, de l’ingéniosité dont font preuve les pays africains pour s’adapter à tous types de changement notamment climatique. À la veille de la COP 21 à Paris, c’est plutôt bon signe.

Marie-Hélène Sylva
© OEIL D’AFRIQUE

Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


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