Pougala, ses adeptes, les Chinois et l’Afrique…

by Patrick Mbeko | 6 juin 2014 15 03 52 06526

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Jean Paul Pougala[1]

Jean Paul Pougala

Il y a peu, des compatriotes africains (pour la plupart des adeptes de Jean-Paul Pougala) me reprochaient (à Charles ONANA aussi) de « défendre la politique de la France au Rwanda ». Maintenant, on m’accuse de « faire le jeu de l’Occident » en fustigeant la politique de la Chine en Afrique. Or, de mon point de vue, il n’est nullement question de « défendre la France au Rwanda » ou de « jouer le jeu de l’Occident ». Je pense qu’il faut s’aménager une certaine distance critique suffisante pour comprendre les enjeux auxquels le continent africain est confronté aujourd’hui. Le problème chez la plupart des intellectuels et penseurs africains, c’est le manque de vision globale des problématiques africaines. Au Rwanda, ils n’ont vu que la France alors qu’on assistait à un conflit africain sur fond de rivalités occidentales (la France d’un côté et de l’autre les USA et leurs alliés anglo-saxons). Pas étonnant que des intellectuels comme Aminata Traoré, Boubacar Boris Diop et tant d’autres eurent trouvé en Paul Kagame, le sous-traitant officiel du mondialisme anglo-saxon en Afrique noire, le grand défenseur de la cause africaine. Pas étonnant qu’ils continuent de nous parler d’un concept dépassé comme la « Françafrique ».

Aujourd’hui, on ne jure qu’au nom de la Chine et du Saint-Esprit. C’est que l’Africain n’est pas encore à même de réfléchir essentiellement et uniquement en fonction de ses propres intérêts. Nous réfléchissons en fonction de nos ressentiments à l’égard de l’Occident. Un drôle de paradigme ! Nous commettons aujourd’hui la même erreur qu’ont commise certains de nos pères des indépendances, à savoir substituer au colonialisme européen l’impérialisme « soft » américain. Oui, beaucoup d’Africains ne le savent peut-être pas mais s’il y a un pays qui a fortement travaillé à la décolonisation des États africains, c’est bien les États-Unis. « Je sais, écrit Aimé Césaire, que beaucoup d’entre vous, dégoûtés de l’Europe, de la grande dégueulasserie dont vous n’avez pas choisi d’être les témoins, se tournent- oh ! en petit nombre-vers l’Amérique, et s’accoutument à voir en elle une possible libératrice. » Ce petit nombre était loin de comprendre que « l’Amérique (est) la seule domination dont on ne réchappe pas. Je veux dire, note Césaire, dont on ne réchappe pas tout à fait indemne. »

Jean-Paul Pougala[2]

Scène de dédicasse avec Jean-Paul Pougala

Aujourd’hui, c’est la Chine, « la meilleure amie de l’Afrique » clament certains esprits pougaliens. Nous sommes au 21è siècle. C’est simplement choquant et ahurissant ! Je l’ai dit : Pougala, malgré la pertinence de certains de ses papiers, ne maîtrise pas la complexité et les subtilités de la géopolitique internationale. Comme la plupart des Africains, il refuse de voir le jeu des intérêts qui se tissent au-dessus de nos têtes. Ce « géostratège » et ses adeptes ne jurent que par la Chine. Comme si ce pays pratiquait une « aide » désintéressée à l’égard de l’Afrique. Il ne faut pas se raconter des histoires. C’est cette exigence conditionnée, en grande partie, par la recherche d’une sécurité énergétique qui place d’emblée l’Afrique et ses matières premières au cœur des préoccupations chinoises. Et rien d’autre. Mais certains Africains sont convaincus que les Chinois sont plus « gentils » et plus « fraternels » que les « Blancs » ; donc donnons-leur tout ce qu’ils veulent. La plus secrète satisfaction nègre : que les Occidentaux se sentent enfin si cocufiés par cette nouvelle idylle rivale. 

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Les Chinois ont compris que les Africains réfléchissent en fonction de ce qui a été fait avec l’Occident. Donc quand ils arrivent en Afrique, ils se disent : « Cette concession minière vaut un million de dollars. Puisque les Occidentaux, par le passé, leur ont donné 100$ pour l’exploiter, nous, nous allons leur donner 100 fois plus, donc 10.000 $. » Et le nègre est content et se vante d’avoir fait une bonne affaire.

Ce n’est pas parce que les Chinois offrent mieux que les Occidentaux ─ même si cela demeure préjudiciable, à certains égards, pour l’Afrique ─ qu’il nous faut accepter ces accords déséquilibrés. En fait, ce n’est pas la nature du partenaire qui compte, c’est plutôt le pragmatisme et le sérieux avec lesquels on négocie avec lui qui sont plus déterminants. Il peut être Européen, Américain ou Chinois, cela ne change rien. Certains pays d’Amérique latine l’ont très bien prouvé dans leurs négociations avec les grandes firmes occidentales. Nous nous vantons d’avoir les Chinois chez nous alors que les Chinois, eux, accueillent les Occidentaux chez eux. Étonnant n’est-ce pas ?! Il appartient donc à l’Africain de se responsabiliser au lieu d’agir comme cet esclave du 19è siècle qui libéré, va jusqu’au pas de la porte et puis revient à la maison de son maître parce qu’il ne sait plus où aller. Le poisson se trompe s’il croit que le pécheur lui veut du bien.

Bref. Dans un contexte international de crise, de plus en plus incertain et agressif, et au moment où la politique de la canonnière est remise au goût

du jour par les enseignants de la « démocratie du marché », des partenariats stratégiques, dans certains domaines, avec des États (comme la Chine ou la Russie par exemple) sont, certes, essentiels mais les partenariats stratégiques le plus importants en Afrique doivent se tisser entre les peuples et leurs élites pour la défense des intérêts des États africains. Le reste viendra après. Sur ce, je bois mon lait…

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Patrick Mbeko
Auteur / Analyste des questions géopolitique

Endnotes:
  1. [Image]: http://oeildafrique.com/pougala-ses-adeptes-les-chinois-lafrique/pougala/
  2. [Image]: http://oeildafrique.com/pougala-ses-adeptes-les-chinois-lafrique/jean-paul-pougala/

Source URL: http://archives.oeildafrique.com/pougala-ses-adeptes-les-chinois-lafrique/