Président, les Congolais ne sont pas de moutons !

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Joseph Kabila

Le chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila

Le président de la République Démocratique du Congo s’est adressé à la Nation, le 15 décembre dernier à Kinshasa, à travers les deux chambres du Parlement réunies en Congrès. Son discours, lequel a consolidé davantage le scepticisme de l’opposition, s’est surtout focalisé sur les forces onusiennes, la position des pays occidentaux, la tenue des élections et le respect de la Constitution.

Les forces onusiennes

A l’occasion de son appel à la Nation congolaise, le président Joseph Kabila a manifesté son souhait relatif à la réduction de l’effectif des casques bleus car la République démocratique du Congo est « un pays où il n’y a plus de guerre classique, où la protection des civils relève désormais des opérations de police et des opérations militaires », et où « la situation militaire générale s’est améliorée au point de lui [au pays, ndlr] permettre de se porter au secours d’autres frères et sœurs en détresse ». Si la partie orientale du pays a réellement renoué avec la paix, le président de la République Démocratique du Congo aurait carrément demandé le départ de la Monusco. Si les civils n’y sont qu’en proie à une insécurité que les FARDC pourraient maîtriser à tout moment, il n’aurait pas reconnu le besoin d’un équipement spécialisé, dont disposent les forces onusiennes, par rapport à la situation sécuritaire à laquelle est confronté le pays. Le fait de se contenter d’un départ partiel des casques bleus laisse supposer que la menace de déstabilisation du territoire national n’est pas complètement éloignée.

Le maintien à tout prix ?

Pourquoi cette pressente exigence, s’agissant du nombre de casques bleus sur le territoire national, au moment où les forces négatives sont en train de se restructurer en Ouganda et dans d’autres pays limitrophes situés à l’Est ? La perspective d’une révision constitutionnelle étant de plus en plus improbable, faut-il trouver un autre subterfuge ? La dégradation de la situation dans la partie orientale pourrait-elle servir de prétexte à la prolongation du mandat présidentiel, donc de la non-tenue des élections, en s’appuyant sur la proclamation de l’état d’urgence, ou la déclaration de guerre, conformément aux articles 85 et 86 de la Constitution du 18 février 2006 ? Souhaite-t-on à tout prix se maintenir au pouvoir, en dépit du contexte populaire qui plus est défavorable aux présidences à vie ?

La position des Occidentaux

Le président de la République Démocratique du Congo a également dénoncé les « injonctions » de l’étranger relatives à la tenue des prochaines élections. Ainsi s’est-il interrogé sur  « le bien-fondé de l’auto-invitation, dans ce débat, de personnalités non congolaises, aussi bien intentionnées soient-elles ». Tout Congolais ne peut qu’être réceptif à un discours patriotique, dès lors qu’il est question de la souveraineté du pays. Mais encore faut-il être en mesure d’avoir une armée aguerrie, en mesure d’assurer la sécurité et de défendre l’intégrité du territoire national, pour ne pas se retrouver avec 20 mille casques bleus sur son sol. Mais encore faut-il que le Gouvernement congolais soit doté d’un budget ne bénéficiant d’aucune aide extérieure. Comment un pays peut-il systématiquement solliciter des bailleurs de fonds pour ses besoins quotidiens et les diaboliser dès qu’ils exercent le droit de regard du fait de leur investissement ? Ne récolte-t-on pas la tempête lorsqu’on a semé le vent ?

Le partenaire qui craint pour son investissement ne ne donne plus d’avis, ni de conseils ou de suggestions, mais il fait des injonctions. « La main qui donne est toujours au dessus, et celle qui prend sans cesse en bas », dit un vieux proverbe bantou. Pis encore, la main qui offre peut toujours tout reprendre au profit que quelqu’un autre bénéficiaire. La souveraineté, nul ne l’ignore, est la résultante de l’autonomie.

Le respect de la Constitution

On ne peut que se réjouir de l’attachement du président de la République Démocratique du Congo à la Constitution. Encore faut-il mettre définitivement un terme aux tripatouillages circonstanciels de la Loi fondamentale, au détriment de l’intérêt général, à l’approche de chaque enjeu électoral. Encore faut-il que l’on ne change plus le mode de scrutin, comme en 2011, pour se maintenir ad vitam eternam au pouvoir. Encore faut-il que l’on ne viole plus les dispositifs constitutionnels dans le but de diviser pour mieux régner.

Le génie congolais ?

Le chef de l’Etat s’est aussi interrogé sur « la tendance fort remarquée de certains compatriotes d’en appeler systématiquement à l’étranger pour régler les différends entre Congolais, comme si dans ce pays, nous n’avions pas collectivement assez de sagesse pour le faire nous-mêmes ». Comment peut-on faire confiance aux gens qui, à l’occasion des assises des concertations nationales, se sont excelés dans le clientélisme au détriment du travail ? Comment peut-on croire quelqu’un qui, à l’occasion du Cinquantenaire de l’indépendance, avait déclaré que 2010 était l’année du social alors que, presque cinq ans plus tard, la majorité de nos compatriotes patauge davantage dans la misère ? Comment peut-on suivre quelqu’un qui a été élu pour pacifier le territoire national, alors que l’insécurité perdure depuis qu’il est au pouvoir ? Comment peut-on être optimiste quand le nouveau Gouvernement Matata Ponyo hypothèque la cohésion nationale au profit de la seule redistribution des portefeuilles ministériels ?

Le président de la République a effectivement raison. « Le peuple congolais n’est pas n’importe quel peuple ». Il est connu que les descendants de Béatrice Kimpa Vita, de Simon Kimbangu, de Joseph Kasa Vubu, de Patrice Lumumba et de tant d’autres héros nationaux ne sont pas de moutons. Ils ont su mettre un terme à la colonisation belge quand ils en ont eu assez d’injustices sociales. Ils ont su lâcher le maréchal Mobutu Sese Seko quand ils ont compris qu’il conduisait le pays à la ruine. Et, le moment venu, ils sauront de nouveau changer le cours de leur Histoire pour « un Congo meilleur et davantage éclairé ».

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Analyste politique, auteur de nombreux ouvrages sur le socialisme et les relations Nord-Sud.


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  1. amuri
    amuri 16 décembre, 2014, 14:38

    il vrais que nous nous devons pas suivre tout ce que l’occident dit ou impose les dirigeants africains a matières de leurs politique intérieurs, mais nous devons prouver au monde entier que nous sommes a mesure de travaillez pour le bien être du peuple, et non c’ éterniser au pouvoir, a l’égard de mandale un symbole de dignité au monde et non le burkina!nous devons dire non au paternalisme non a la dictologie de la part de certain peuple qui se croit extra! l’afrique a besoin de se developper avec les partenaire ideal et non ceux qui provoque le trouble pour favoriser le pillage etc!!!

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