Prise de Goma : les Congolais s’estiment trahis par le chef de l’Etat

Prise de Goma : les Congolais s’estiment trahis par le chef de l’Etat
Prise de Goma par les rebelles rwandais du M23

Prise de Goma par les rebelles rwandais du M23

Les Congolais sont très en colère contre le chef de l’Etat qui n’a pas su empêcher la prise de Goma. Humiliés et furieux, ils s’estiment trahis par Kabila et manifestent dans plusieurs villes attaquant les sièges du parti au pouvoir et aussi la Monusco qu’ils estiment complice de cette défaite.

L’annonce de la chute de Goma, le 19 novembre, a été un choc brutal pour la plupart des Congolais bercés par les promesses du gouvernement et de la Monusco (mission des Nations Unie en RD Congo) qui assuraient que la capitale du Nord Kivu ne tomberait pas aux mains des rebelles du M23. Leur colère est principalement dirigée contre le chef  de l’Etat accusé d’inaction voire de trahison. Dès le lendemain, de Kisangani à Matadi en passant par Kinshasa, de nombreux Congolais appellent à la démission de J. Kabila. A Kinshasa, des étudiants de plusieurs institutions de la ville sont descendus dans la rue pour manifester leur solidarité avec leurs compatriotes du Nord-Kivu. Ce devait aussi être un signal fort adressé à l’opinion internationale via les missions diplomatiques accréditées à Kinshasa. Mais des policiers ont vite été envoyés pour disperser les manifestants… secondés par les trombes d’eau qui se sont abattues toute la matinée sur la ville. Pour de nombreux Kinois, des complicités avec les Rwandais existent vraisemblablement  au sein même de l’appareil d’Etat congolais. D’autres plus cyniques, disent aux habitants de Goma : « vous avez voté 100% Raïs (Kabila), c’est ça le résultat, il faut assumer. » A Kisangani, la marche pacifique organisée par la coordination des étudiants de l’Université de Kisangani avec l’autorisation de la mairie, a dégénéré en fin de matinée avec l’arrivée des jeunes venus de toutes les communes et selon certains, encouragés en sous main par des militaires. Sur les triplex ou autres morceaux de cartons, on pouvait lire « ba teki mboka », « ils ont vendu le pays », « nous demandons la démission du gouvernement ». Les manifestants n’ont pas épargné la Monusco qu’ils ont traitée de complice pour sa duplicité. De nombreux bâtiments ont été saccagés ou brûlés : le tribunal de paix de Kabondo, le bureau de la CENI le siège du PPRD, le parti présidentiel, les locaux de la majorité présidentielle, deux résidences de l’ancien gouverneur… On compte trois morts et plusieurs policiers et militaires gravement blessés. Mercredi 21 novembre,  le collectif d’organisations de la société civile de la province orientale a publié une déclaration condamnant le soutien du Rwanda au M23 et l’inertie du chef de l’Etat et du gouvernement congolais. Matadi, la ville la plus éloignée de Goma, n’a pas bougé, mais les discussions entre jeunes vont bon train. ‘’ Nos responsables sont de mèche avec eux. Comment pouvez-vous comprendre qu’un petit pays comme le Rwanda réussisse son coup ?’’, s’exclame l’un d’eux. ‘’ C’est le résultat de l’échec des élections de novembre dernier. Ils sont rattrapés par la vérité’’, explique un autre jeune. Les propos du chef de l’Etat au cours de l’interview qu’il a accordée à la presse présidentielle le 21 au matin n’ont pas convaincu. ‘’Il parlait d’un ton comme si la patrie n’est pas en danger’’, regrette un habitant de Boma. Au Kasaï-Oriental, c’est le président de la société civile, Jean Alexis Kasuasua Tshiombela qui a pris les devants pour dénoncer la fausse promesse de la Monusco.  Il recommande à chaque Congolais, quelle que soit sa tendance, de faire preuve de patriotisme. En guise de solidarité, la société civile organise, elle, à Mbuji Mayi des tribunes d’expression populaire pour expliquer la situation que traversent les Congolais du Nord Kivu.

La fièvre gagne Bukavu La société civile de Bukavu voit plus grand : elle projette une marche gigantesque pour montrer sa désapprobation. Ici les habitants sont inquiets, Goma n’est pas si loin. Sans céder à la panique, ils entendent s’organiser du mieux qu’ils peuvent pour résister aux rebelles. La population dresse des barrières sur la route qui mène à l’aéroport. « C’est pour barrer la route à l’ennemi qui pourrait venir par route ou par avion », explique Déo Minani, un des artisans de ces barricades. Des jeunes ont manifesté armés de bâton s’attaquant eux aussi au siège du PPRD. Les gens sont allés au travail mais sans pouvoir entrer dans les bureaux, restés fermés. Les  oreilles collées à leurs petites radios de poche. Cela rappelle à certains l’année 1996, avec la guerre de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération). Quant aux habitants de Goma, rassurés par l’arrêt des tirs qui ont secoué la ville lundi, ils sont sortis de chez eux à l’entrée des rebelles pour les voir, certains mêmes les acclamaient. La vie a repris avec l’assurance du M23 que tout resterait calme. Les gens ne veulent qu’une chose, vivre en paix. Ils sont nombreux à dire : « Qu’ils restent s’ils nous laissent vivre tranquilles vaquer à nos occupations. »

ENCADRE

La souveraineté nationale en jeu Le président de la Nouvelle société civile congolaise, Jonas Tshiombela fustige l’attitude contradictoire des Etats-Unis dont l’ambassadeur à Kinshasa a publié un communiqué dans lequel il dit soutenir le peuple congolais. Mais en même temps son pays est incapable de sanctionner le parrain du M23. Pour Jonas Tshiombela, « on a l’impression que le peuple congolais et la RD Congo n’ont pas d’amis dans le monde et en Afrique ». Selon certains intellectuels, ce n’est pas le moment de diaboliser les dirigeants même si on arrivait à prouver leur implication dans ce qui arrive au pays. Professeur à l’Université de Kinshasa et ancien gouverneur de la Province Orientale, Noël Obotela  explique qu’il n’y a pas l’ombre d’un agenda congolais là-dedans. « Car ce qui est en jeu ce n’est pas l’équation personnelle de tel ou tel acteur politique ni l’intérêt de tel ou tel groupement politique mais plutôt l’existence physique de la RDC en tant que pays dans ses frontières de 1960 ».

Paul Durand,  Didier Kebongo

Source: SyFia Grands Lacs


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