RDC: Dialogue sans fin…L’infiltration en toile de fond

RDC: Dialogue sans fin…L’infiltration en toile de fond

Depuis que les consultations pour la tenue d’un dialogue national ont démarré, le temps a suspendu son vol pour les amateurs du positionnement. Au pays comme dans la diaspora, beaucoup ne respirent plus que pour cet énième aparté. Mais, au juste, pourquoi dialoguer, surtout maintenant, et pour quelle finalité ? Que cache cette volonté de ‘’parler’’ qui, dans les faits, n’est caractérisé par aucun geste d’ouverture ?

Des questions se posent avec acuité et même attirent l’attention sur ce qui se trame, sur ce que Joseph Kabila projette vraiment. Le dialogue en politique n’est en soit pas une mauvaise chose. Dans des démocraties avancées, elle est même un mécanisme permanent auquel recours systématiquement un pouvoir lorsque des questions d’intérêt national vital l’exigent et surtout pour décrisper le climat politique lorsqu’il se fait oppressant.

Mais pour parler de dialogue, il faut que celui-ci soit d’abord cadré et son agenda soit décliné sans ambigüité. Or, le dialogue auquel le régime de Kinshasa invite ‘’certains congolais’’ ne procède aucunement d’une logique de conciliation. Pas de clarté dans l’approche, mois encore de méthode, il nous renvoie à ce disque rayé qui ne chante que le même refrain. C’est du réchauffé et du déjà vu !

Pour mieux cerner l’idée derrière ce dialogue, il faut d’abord circonscrire le cadre qui l’a nécessité. En effet, en proie à la pression internationale mais surtout de ceux qui passent pour ‘’ses parrains’’ dans l’ombre, Paul Kagamé et Yuweri Museveni, Joseph Kabila a été contraint de dialoguer avec le M 23, un mouvement créé de toutes pièces par le Rwanda et constitué des militaires rwandais dans son écrasante majorité.

Après donc avoir crié à l’agression rwandaise, Kinshasa a dépêché aux pas de charge des délégués pour s’attabler avec des ‘’agresseurs’’, dixit Mende, afin ‘’d’écouter’’, toujours selon la formule consacrée pour la circonstance, ‘’leurs revendications’’, mais seulement ‘’écouter’’. Mais pour tout esprit sain, il est clair que l’on n’a pas besoin d’un si long déplacement rien que pour écouter des revendications qui plus sont écrites.

Qu’est-ce qui reste donc ? La vérité est que le pouvoir en place en RDC est allé à Canossa. Sous la menace d’un renversement. Il s’est précipité en Ouganda sans tenir compte des préalables que requiert une telle démarche : le sentiment profond du peuple et la consultation préalable de l’assemblée nationale afin de s’entourer de la garantie de poser un acte légitime.

A Kampala, où dans un premier temps les délégués du ‘’gouvernement’’ ont voulu observé le minimum, c’est-à-dire se contenter d’enregistrer les revendications de Kigali via son joujou, le M 23, la situation a évolué. Les ‘’magnétophones’’ ont dû se résoudre, toujours contre leur gré, à négocier. Et, comme négociation suppose concession mutuelle, la bande à Raymond Tshibanda a dû finalement concéder.

Et, c’est dans les concessions en amont et en aval faites au M 23 sinon à Paul Kagamé que réside le vrai : la raison d’un dialogue qui d’objectif ne cherche pas à créer la cohésion nationale comme le prétend ‘’Kabila’’ mais plutôt à arracher aux congolais un consensus pour faire avaler une pilule qui serait très amère prise sans sucre. En somme, comme des moutons, les congolais sont en train d’être conduits à l’abattoir.

Le dialogue national dont les consultations ‘’sectaires’’ sont en cour est alors un subterfuge pour intégrer le M 23 rwandais dans le débat national intercongolais. Une blanchisserie qui permettra au RAIS de décréter la congolité de nouveaux acolytes rwandais de Makenga, comme c’est fut le cas avec l’AFDL, le RCD et le CNDP. En claire, il s’agit d’une nouvelle entreprise d’infiltration.

Mais l’objectif à terme de ces pourparlers est à coup sûr de faire passer, grâce à cette engeance des gens plus mus par des projets personnels que par les attentes du peuple congolais, le produit des accords de Kampala dont le contenu reste encore à connaître. Des accords que le peuple ne veut pas pour s’être offusqué de l’idée de prendre langue avec les criminels rwandais en Ouganda.

Seulement, ce schéma tracé par l’homme à l’identité douteuse ne semble outre mesure froisser les opportunistes qui ne rêvent que de ‘’s’asseoir’’ avec le ‘’prince’’ pour solliciter un petit ‘’cadeau’’. Le scrupule ne taraude pas leur esprit, la volonté de se servir de l’occasion comme un tremplin étant vivace. Mais, seulement, ce que ces transhumants oublient et que le problème de notre pays ne peut se régler dans une logique éternelle de partage de gâteau.

La RD Congo dispose d’une Constitution qui, appliquée à la lettre, est la voie royale pour mener à bien la barque. Car de problème, les entorses faites à la loi fondamentale en sont le centre. Les rébellions, pas celles fabriquées par le Rwanda et l’Ouganda, la déstructuration de l’état, le conflit autour du pouvoir, les violations des droits et libertés et j’en passe… sont là le résultat du no man’s land institutionnel que l’on observe.

En définitive, dialoguer n’est une solution tant que la nature du pouvoir demeure la même : coercitif et arbitraire. Le problème de notre pays, depuis 1960, est lié à la gestion des affaires de l’état qui, de tout temps, a été conflictuelle et surtout oligarchique. C’est le mépris du peuple par un groupe de roitelets autour d’un roi qui est la problématique et non autre chose. En ce sens, le dialogue… Pourquoi faire tant que le système perdure?

Mohamed Mboyo Ey’ekula
Pour Oeil d’Afrique
Mohamed Mboyo Ey'ekula

Mohamed Mboyo Ey'ekula

Journaliste - Politologue.


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