RDC: la majorité ne sort pas indemne de la crise autour de la loi électorale

RDC: la majorité ne sort pas indemne de la crise autour de la loi électorale
Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila|Reuters

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila|Reuters

La crise autour de la nouvelle loi électorale en République démocratique du Congo a fragilisé un peu plus la majorité du président Joseph Kabila mais a également révélé la désunion de l’opposition.

« Au sein de la majorité […] ils ne sont plus unis, c’est clair », juge Placide Mandona, chercheur en philosophie politique à l’Université catholique du Congo, et « à la base de tout [il y a] cette fameuse loi électorale ».

Ce projet de révision de la loi électorale a déclenché des troubles meurtriers à Kinshasa et dans plusieurs villes de province du 19 au 22 janvier. Au cœur de la contestation : une disposition du texte susceptible de retarder l’élection présidentielle de 2016 et de permettre ainsi à M. Kabila de se maintenir à la tête de l’État au-delà du terme de son mandat.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. Sa réélection contestée en 2011 lors d’un scrutin marqué par des irrégularités massives est à l’origine de la crise politique que traverse le pays.

La nouvelle loi a finalement été adoptée le 25 janvier, et plusieurs opposants estiment qu’elle contient toujours un risque de report de la présidentielle.

« Il n’y a pas de cohésion au sein de la majorité », regrette un cadre de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC), troisième parti politique de la Majorité présidentielle, qui reproche au Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de M. Kabila d’avoir totalement marginalisé ses partenaires au moment du passage de la loi.

Avant même cet épisode, les divergences au sein de la majorité étaient apparues, en particulier lorsque le Mouvement social pour le renouveau (MSR, deuxième force de la majorité) avait fait savoir fin 2014 son opposition à des plans échafaudés par certains responsables de la majorité pour permettre à M. Kabila de rester au pouvoir après 2016.

Le MSR a fini par resserrer les rangs, mais d’autres alliés du président sont entrés en dissidence, comme Jean-Claude Muyambo, qui accuse M. Kabila de vouloir s’accrocher au pouvoir. Chef d’un petit parti, M. Muyambo a été l’un des organisateurs de la contestation contre la loi électorale. Emprisonné depuis le 20 janvier, il est poursuivi pour une affaire d’abus de confiance sans lien avec les derniers événements.

« La guerre est même au sein du PPRD », confie un chef provincial de ce parti.

– ‘Aile dure’ –

Le parti présidentiel apparaît divisé entre une « aile dure » incarnée par des personnalités comme Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, ou Évariste Boshab, ministre de l’Intérieur, aujourd’hui déterminés à soutenir la ligne définie par le chef de l’État, et d’autres comme Moïse Katumbi, gouverneur de la province du Katanga (berceau du pouvoir) qui commencent à mettre en garde contre toute volonté de maintien au pouvoir de M. Kabila au-delà de 2016.

Mais l’opposition, minée par les divisions et les querelles d’ego, ne semble pas en mesure de profiter de la situation. Au sein de ses rangs, « c’est la pagaille », résume Philemon Muamba, professeur d’histoire politique à l’Université de Kinshasa.

Premier parti de l’opposition au Parlement, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) n’est plus que l’ombre de lui-même en l’absence de son chef historique, Étienne Tshisekedi, en convalescence à Bruxelles. L’UDPS, qui juge le Parlement illégitime, n’a pas participé au mouvement contre la loi électorale.

Celui-ci a été conduit par une coalition rassemblant l’Union pour la nation congolaise (UNC, troisième force de l’opposition), des membres du Mouvement de libération du Congo (MLC, deuxième parti d’opposition à l’Assemblée) et d’autres opposants.

Mais « il n’y a pas un homme fédérateur ou une femme fédératrice », estime M. Muamba. Comme l’UDPS, le MLC est très affaibli en l’absence de son chef, Jean-Pierre Bemba, jugé à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), et par le récent débauchage de certains de ses dirigeants entrés au gouvernement en décembre.

Vital Kamerhe, président de l’UNC, voudrait en profiter pour rassembler les opposants autour de sa personne, mais souffre dans l’opinion de son ancienne proximité avec M. Kabila, dont il fut le directeur de campagne en 2006.

Pour M. Muamba, « il y a encore un grand travail à faire pour le rapprochement » entre les différentes tendances de l’opposition.

AFP

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1 commentaire

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  1. macktchicaya
    macktchicaya 13 février, 2015, 08:49

    La corruption qui gangrène la RDC et les membre de l’opposition s’avère très fatale pour l’action de ces mêmes opposants vis à vis du pouvoir. Si dans un pays l’état est inexistant, les salaires des fonctionnaires ne sont ni payés ni actualisés commet voulez vous qu’au niveau de la base populaire que les choses aillent au mieux. Aussi la population de kinshassa n’est pas assez aguerrit politiquement pour comprendre les enjeux du moment. MBEMBA à la haye, Tshisékedi malade en occident le terrain est très libre pour le pouvoir de faire ce qu’il veut car il y manque un meneur qui pourrait bousculer les plans de la majorité.
    La population ne pouvait rien lors des mouvements liés à la discussion sur la loi électorale, comme non mobiliser par les vrais opposants on ne pouvait s’attendre qu’à un étouffement de celui -ci. Le Peuple Congolais de la RDC devrait faire au contraire pression sans faille jusqu’au bout sur le pouvoir mais malheureusement ce mouvement a tourné au pillage et vite récupéré par le pouvoir malgré quelques peurs que ce mouvement a suscité au sein de la majorité.
    Il me semble que telle que c’est parti il sera difficile à l’ avenir pour que ce peuple se retrouve un jour dans les conditions de ce mouvement passé où il avait les cartes en main.Le pouvoir se refait une stratégie nouvelle pour embobeliner la masse et tenter de résister jusqu’en 2018.

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