RDC: la vie d’un mineur congolais sans issue ?

RDC: la vie d’un mineur congolais sans issue ?

Le drame de la mine de Marikana, en Afrique du Sud, a attiré l’attention de la communauté internationale sur les conditions de travail déplorables des mineurs sud-africains. En RDC pourtant, la mort de 60 personnes dans une mine d’or passe inaperçue.

Le tunnel s’enfonce tout droit dans les profondeurs de la montagne. Creusé à la main dans la roche, il est soutenu par des poutres formant une structure de bois qui rappelle celles des mines que l’on voit dans les vieux films de western américains. La ruée vers l’or du XXIème siècle, c’est en RDC.

Très vite, le noir le plus complet se fait et l’on avance le dos courbé pour ne pas se heurter au plafond du tunnel. Difficile de savoir si l’impression de manquer d’air vient de la légère angoisse claustrophobe que l’on ne peut s’empêcher de ressentir, ou d’un manque réel d’oxygène au fond du puits.

« On s’y habitue très bien. En fait, on ne pense plus aux risques avec le temps, même s’ils sont bien là », dit Bisima, un mineur de 33 ans travaillant dans la mine de Nyabibwe, dans l’est de la RDC. « Les éboulements sont ce qu’il y a de plus dangereux ».

Mesures de sécurité inexistantes
Alors que l’opinion internationale s’insurge contre le drame de la mine de Marikana en Afrique du Sud, où 34 mineurs ont été tués par la police lors d’une manifestation, en RDC 60 personnes sont mortes la semaine passée dans une mine d’or de l’Ituri, sans obtenir plus d’attention qu’un court article sur le site d’une radio locale.

Ici, personne ne manifeste pour une vie meilleure. Entre guerres et pauvreté extrême, la vie humaine ne vaut pas grand chose.
« On laisse les gens mettre leur vie en danger. C’est ce que nous vivons au quotidien au Congo. Vous êtes arrivé à Nyabibwe, il n’y a aucun mineur qui porte un casque, ou bien des gants », s’énerve Fidel Bafilemba, chercheur de l’ONG américaine Enough Project en RDC.

Dans la mine d’or d’Ituri, les mesures de sécurité étaient semblables à celles de Nyabibwe: inexistantes.

Entrée de la mine de Kaniola, dans le Sud-KivuPhoto : Flickr.com/Enough Project

« Quand on descend dans les puits, il n’y a pas de mesure de sécurité. À un moment ou à un autre un éboulement peut se produire et on perd la vie. Et puis on travaille très dur, on travaille même la nuit. Ce n’est pas vraiment des conditions humaines », raconte Patrick, un mineur de 20 ans rencontré à Mubi, dans le territoire de Walikale.

A faire pâlir d’envie
Avec des ressources minières à faire pâlir d’envie n’importe quel pays occidental en pleine crise financière, la RDC est pourtant l’un des pays les moins développés de la planète. Premier exportateur d’étain en Afrique et cinquième dans le monde, le sous-sol congolais contient aussi 80% des réserves de coltan, un métal utilisé dans la fabrication de nombreux appareils électroniques. L’or et les diamants abondent.

Les mineurs creusent à la seule force de leurs bras, avec des pioches et des pelles, sans l’aide d’aucun système mécanisé la plupart du temps. Les infrastructures n’existent simplement pas, car beaucoup de mines sont artisanales et n’appartiennent à aucun grand groupe industriel.

Les mineurs vendent les minerais à des négociants qui les apportent aux comptoirs de Goma et Bukavu où ils sont achetés en gros par des entreprises étrangères.

Minerais de sang
Si peu d’organisations de défense des droits de l’homme se penchent sur la question des conditions de travail dans les mines de la RDC, beaucoup font campagne contre l’utilisation des fameux « minerais de sang » qui financeraient les groupes armés ravageant l’est du pays.

En 2010, une coalition d’organisations non gouvernementales, dont Enough Project and Global Witness font partie, a réussi à faire adopter une loi sur les minerais de sang par le Congrès américain. Mais avec le passage de cette loi en août 2010, le commerce des minerais s’est pratiquement arrêté en RDC. Au lieu d’investir dans un système de traçabilité garantissant l’origine et la « propreté » des minerais qu’elles achètent, les entreprises américaines se sont purement et simplement retirées du Congo.

D’un coup, les ventes de minerais comme le coltan ou la cassitérite ont chuté de 90% et le niveau de vie des mineurs ainsi que leurs conditions de travail se sont encore dégradées.

« On se sent abandonné. Les gens disent que cette loi c’est pour améliorer notre pays, arrêter la guerre, mais on ne voit pas la différence. En fait, c’est pire aujourd’hui: il y a toujours l’insécurité et on ne gagne rien », dit Safari, un mineur de 50 ans à Nyabibwe.

Des initiatives pour « nettoyer » le secteur minier congolais et garantir l’origine des minerais avaient vu le jour ces deux dernières années, sous l’impulsion des Nations unies, des Etats-Unis et de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs, mais la rébellion du M23 est venue perturber ces efforts.
Au Katanga, une province épargnée par les conflits dans le sud de la RDC, un système de traçabilité mis en place a permis à la vente des minerais de continuer sans interruption, mais les conditions de travail dans les mines katangaises ne se sont pas améliorées.

RNW  / Mélanie Gouby, Goma

Bona

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