RDC: « le pire des pays pour être mère » en 2013

RDC: « le pire des pays pour être mère » en 2013

L’ONG internationale Save the Children a publié son 14ème rapport annuel –très alarmant–  sur l’état des mères dans le monde intitulé Surviving the First Day traduit en français par Survivre au premier jour.

Ce rapport tente de mettre en lumière les conditions dans lesquelles les mères accouchent à travers le monde. Il en ressort plusieurs traits saisissants dont le plus essentiel est que dans plusieurs coins du monde, particulièrement dans les pays en voie de développement, les enfants viennent au monde sans berceau, sans layette, sans abris, sans assistance médicale moins encore de soins médicaux de base bref dans la précarité la plus inouïe sans grande différence avec les animaux et pire comme si on ne les attendait guère alors que la naissance d’un enfant devrait être un temps d’émerveillement et célébration. Mais hélas, pour de millions de mères et bébés, c’est  un instant gravissime de lutte contre la mort.

Ainsi, le rapport note que chaque année,  presque 3 millions de bébés meurent dans le premier mois de vie —soit trois quart par an meurent leur première semaine et plus d’un tiers par an meurent leur jour de naissance—, le plus souvent,  des causes amplement évitables et traitables  à l’instar des infections sévères et complications dues entre autre à la prématurité. Plus d’un tiers de ces bébés meurent  à leur premier  jour de vie, ce qui fait passer incontestablement celui-ci comme le jour le plus risqué de la vie aussi bien pour le nouveau-né que pour  sa mère  et ce, presque partout dans les pays en développement. Cependant, ce premier jour demeure une occasion sans pareille de sauver des vies et de construire un avenir sans beaucoup de soubresauts.

Les statistiques révèlent, en outre, que chaque année, (i) 40 millions de femmes donnent naissance à la maison sans l’aide d’un personnel soignant qualifié (ii) 800 femmes par jour meurent pendant la grossesse ou l’accouchement et 8 000  nouveau-nés meurent pendant leur premier  mois de vie et ces chiffres représentent 43% des décès des enfants de moins de 5 ans. (iii) globalement, il y a des disparités  frappantes entre les pays développés et ceux en voie de développement. Ainsi, les dix derniers pays où les conditions d’accouchement et de naissance sont médiocres sont tous sub-sahariens et ce, pour la première fois depuis quatorze ans et à l’inverse, excepté l’Australie, les dix premiers pays où ces conditions sont meilleures sont Européens[1]. (iv) Nonobstant cette situation peu reluisante, il y a lieu de souligner que certains pays comme le Rwanda, le Mali, la Tanzanie ont fait des progrès assez remarquables.

Quelle est la situation de la RDC ?

Comme souligné plus haut, en marge de la commémoration de la Fête des Mères, l’ONG  américaine  Save the Children publie chaque année déjà depuis 14 ans un rapport sur la situation des Mères dans le monde dans lequel elle compare leurs conditions de vie dans 176 pays, notamment  dans les domaines de la santé, la mortalité infantile, l’éducation, les revenus et le statut politique des femmes.

Ainsi, selon le classement annuel de 2013, la RDC serait le pire endroit au monde pour être mère. Le pays est à la lanterne rouge, elle figure à la 176ième  sur 176 pays listés, en détrônant le Niger qui était dernier en 2012.

Comment expliquer ce triste titre attribué à la RDC « pire pays au monde pour être mère » ?

Comme relever précédemment, chaque année, près de 3 millions de bébés meurent dans le premier mois de vie, la plupart de causes évitables. En RDC, il s’observe un risque de mortalité élevé, notamment lors de l’accouchement. Selon ce rapport, une mère sur 30 risque de mourir en raison de problèmes de santé liés à la maternité et notamment à l’accouchement. En Finlande, ce risque existe pour une femme sur 12.200. Par ailleurs, on estime à 48.000 le nombre des nouveau-nés qui meurent le jour de leurs naissances. Ces statistiques vont bien au-delà des simples chiffres, elles traduisent le désespoir humain —une croissance économique dont les effets tardent à se faire sentir et les politiques publiques en matière de santé en mal d’exécution— appellent à un changement de la situation des femmes en RDC. Car leur bien-être est étroitement lié à ceux de leurs bébés.

Les causes principales explicatives de ces décès ainsi que du mauvais état de santé des femmes sont de plusieurs ordres dont : (i) les complications pendant la grossesse (ii) l’âge prématuré des mères qui donnent naissance ainsi que l’alphabétisme qui frappe la majorité d’entre elles (iv) les infections (v) le faible recours aux moyens contraceptifs couplé à l’absence de toute planification familiale (vi) une pénurie de travailleurs médicaux qualifiés.

Outre, la médiocrité de l’état sanitaire —des taux de mortalité infantile au-dessous de l’âge de cinq ans et de mortalité maternelle élevés soit respectivement 168 décès d’enfants de moins de cinq ans pour 1000 et  un décès sur 30 femmes— la RDC est parmi les pires pays au monde en ce qui est du statut éducatif, de la pauvreté et du statut politique des femmes. Contrairement, à d’autres pays d’Afrique sub-saharienne (Mali, Gambie, etc.) comme le souligne le rapport de Save The children.

Par ailleurs, à tous les facteurs précités viennent se greffer de risques environnementaux, comme les difficultés d’accès à une eau potable saine[2], l’absence d’une hygiène améliorée[3] et les niveaux réduits des dépenses de santé contribuent également à la forte mortalité des enfants et des femmes.

La situation des mères et des nouveau-nés en RDC est, à tout prendre,  très alarmante. En effet, il est évident que le problème de soins de santé de base pour la mère et l’enfant se pose avec acuité. Mais une chose est certaine, ce qu’il n’est en rien une fatalité, cette tendance bien que scandaleuse peut-être renversée, et les avancées réalisées par d’autres pays à faible revenu notamment le Népal, la Malawi et le Bangladesh sont plus qu’éloquentes.

Par conséquent, Il est essentiel d’encourager les investissements dans le secteur de santé et d’éducation.(i) Accroitre le coefficient budgétaire alloué à la santé proportionnelle aux rentrées fiscales en mettant plus d’accent sur la qualité de la dépense à exécuter, (ii) pallier au problème de pénurie de main d’œuvre médicale en recyclant et en formant le personnel soignant , (iii) rendre plus performantes les structures travaillant dans ces secteurs. Ces mesures —sans nullement être exhaustives— devront s’accompagner d’une volonté politique réelle, ce qui semble ne pas être le cas à l’heure actuelle, en dépit des engagements pris par l’Etat Congolais dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) lesquels stipulent particulièrement dans ces Objectifs 4 et 5 de réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans et Réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle.

Benedict Konso Mulali et Darly Kambamba

Université de Kinshasa / Département d’Economie
Pour Oeil d’Afrique

 


[1]Il s’agit respectivement d’une part du Tchad, Nigeria, Gambie, RCA, Niger, Mali, Sierra Leone, Somalie et la RDC et d’autre part, il y a la Finlande, Suède, Norvège,  Irlande, Pays-Bas, Danemark, Espagne, Belgique, Allemagne et l’Australie.

 

[2] Darly Kambamba et Benedict Konso Mulali, «  Faiblesse d’accès au service d’assainissement en RDC : quelles solutions suggérées ? », disponible sur http://www.afrik.com/faiblesse-d-acces-au-service-d-assainissement-en-rdc-quelles-solutions-suggerees

[3] Benedict Konso Mulali, Darly Kambamba, « Faiblesses d’accès au service d’eau potable en RDC : briser le paradoxe disponible », disponible sur http://www.jambonews.net/actualites/20130602-faiblesses-dacces-au-service-deau-potable-en-rdc-briser-le-paradoxe/


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