RDC: pour les habitants de Beni, la Monusco est à la fois un mal et un remède

RDC: pour les habitants de Beni, la Monusco est à la fois un mal et un remède

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Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo (RDC), Martin Kobler. Photo MONUSCO/Myriam Asmani

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo (RDC), Martin Kobler. Photo MONUSCO/Myriam Asmani

« Nous ne voulons pas de la Monusco, ils ne font rien pour nous », fulmine Alphonse Kamulete, un habitant de Beni, en colère contre la Mission de l’ONU depuis le massacre de 80 personnes dans cette région de la République démocratique du Congo.

Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu (Est de la RDC), a été ensanglanté par une succession d’attaques meurtrières attribuées aux rebelles islamistes ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF): quelque 80 civils ont péri en moins de quinze jours, dont 30 à Beni même dans la nuit du 15 au 16 octobre.

« Qu’ils rentrent chez eux! Ils favorisent les ennemis au lieu de nous protéger contre les rebelles! », accuse M. Kamulete, un chauffeur de taxi de 24 ans. Un avis largement partagé à Beni, une agglomération de 500.000 habitants où la vie reprend peu à peu après les tueries.

La Monusco, l’une des plus importantes missions de l’ONU au monde, compte quelque 20.000 hommes, dont 3.000 dans sa brigade d’intervention, au mandat offensif et chargée d’appuyer l’armée dans la neutralisation des nombreux groupes armés de l’est congolais, rongée par une instabilité chronique depuis 20 ans.

Pour Gilbert Luhemba, pharmacien, la Monusco a failli à sa tâche. « Elle a toujours dit qu’elle protège la population civile. (…) Nous voulons qu’elle nous sécurise. On ne peut pas comprendre que les gens meurent alors que la Monusco est là. Ce n’est pas normal! »

Depuis janvier, les militaires congolais et onusiens ont lancé une série d’attaques qui ont affaibli l’ADF. Cependant, les opérations se sont enlisées avec la mort brutale, en août, du général Jean-Lucien Bahuma qui commandait les unités congolaises, et les rebelles ont repris l’initiative.

Après les massacres, le chef de la Monusco, Martin Kobler, a appelé au lancement, « le plus tôt possible », d’actions « conjointes et déterminantes » de l’armée et de la Monusco contre l’ADF, hostile au président ougandais Yoweri Museveni et présente depuis 1995 dans les montagnes du territoire de Beni.

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– ‘Bouc émissaire’ –

Malgré tout, pour nombre d’habitants de Beni, place commerciale importante de la région des Grands Lacs où sont cantonnés de nombreux militaires congolais (FARDC), la Monusco est la seule responsable des récentes violences et crystallise la majeure partie des critiques.

Mercredi à Mavivi, à 15 kilomètres au nord de Beni, plusieurs centaines de manifestants ont chanté en swahili: « Nous ne voulons plus de vous ici, vous ne faites rien pour nous ». Ils ont allumé des feux, cassé le portail de la Mission, avant d’être dispersés par des tirs en l’air de l’armée.

La veille, à Mbau, à 25 kilomètres au nord de Beni, deux personnes ont été tuées par balle pendant une manifestation anti-Monusco, a affirmé la fédération d’associations Société civile. La mission onusienne n’a pas confirmé le bilan et annoncé une enquête.

La Monusco avait auparavant déjà été la cible d’attaques plus ou moins violentes, notamment pendant la rébellion congolaise du Mouvement du 23 mars (M23), de mai 2012 à novembre 2013. Chaque fois, la population protestait ainsi contre l' »inaction » des Casques bleus.

« Quand la population réalise qu’elle n’est pas protegée par les FARDC, elle espère l’être par les Casques bleus. Ce n’est pas qu’ils ne font rien sauf qu’ils doivent doubler les efforts. (…) Sans cela la Monusco aura des sérieux problèmes avec le peuple », met en garde David Wambale, avocat.

Mercredi à Goma, capitale du Nord-Kivu, M. Kobler avait pour sa part estimé qu’il ne fallait pas prendre la Monusco comme « bouc-émmissaire », et avait appelé la population à soutenir les Casques bleus, présents depuis 1999 en RDC, et essentiellement déployés dans l’Est.

Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, acquiesce. Il est crucial que les citoyens comprennent que la « responsabilité première » de la protection des Congolais « revient à nous, gouvernement », et que « les forces de la Monusco viennent après les FARDC, en les accompagnant dans les offensives ».

De nouvelles offensives sont-elles imminentes? Jeudi, M. Kobler a promis des « actions » FARDC-Monusco contre les ADF. « On a eu des massacres à Oicha, Eringeti et ailleurs. Ca doit se terminer, on est décidés à le faire », a-t-il souligné, sans donner de date.

Reste que les habitants s’impatientent. « La population de Beni aimerait voir les Casques bleus au côté des FARDC dans la traque contre les rebelles, afin que la zone soit pacifiée et qu’elle vaque librement à ses occupations », souligne le maire de Beni, Nyonyi Bwanakawa.

AFP

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