RDC: quand le gouvernement perçoit l’impôt pour le compte de groupes armés

RDC: quand le gouvernement perçoit l’impôt pour le compte de groupes armés

Les autorités du groupement Muvunyi-Shanga, en territoire de Masisi ont annoncé mardi le 23 avril dernier qu’elles allaient désormais percevoir un impôt en nature qu’elles distribueront ensuite aux groupes armés APCLS et Nyatura présents dans ce groupement. Le groupement Muvunyi-Shanga est situé au sud-est du territoire de Masisi, sur le littoral du lac Kivu, jusqu’à la limite avec la province du Sud-Kivu. Il compte quelques-uns des principaux débouchés des produits agricoles de ce territoire (les marchés de Bweremana et de Shasha, qui alimentent la cité de Sake et la ville de Goma en vivres). Ce groupement abrite aussi le chef-lieu de la chefferie des Bahunde, à la tête de laquelle se trouve actuellement le Mwami Nicolas Kibanja Kalinda qui réside à Goma.

La nouvelle peut surprendre les uns, paraître dérisoire pour les autres. C’est pourtant quelque chose d’extrêmement grave, impossible à imaginer dans un Etat normal. Certes, même sans cette collaboration des autorités gouvernement, les groupes armés sont omniprésents dans le groupement et rançonnent quotidiennement la population dans les collines surplombant le lac Kivu. Mais que des autorités gouvernementales, au lieu d’arrêter des mesures pour mettre durablement fin à cette situation, décident plutôt de contribuer à l’entretenir « autrement », est pour le moins stupéfiant.

La 8ème Région militaire des FARDC a son quartier général dans le coin

Il est vrai que les autorités au niveau du groupement n’ont ni le pouvoir, ni les moyens de mettre fin à l’activisme des groupes armés qui y opèrent. Mais une telle décision a-t-elle pu être prise sans que les autorités au niveau de la chefferie, du territoire, de la province, et le gouvernement central à Kinshasa ne soient infirmées ? Il n’y a eu en effet aucune réaction ni de la part du Mwami, de l’administration du territoire, du gouvernement de province, … Pire, le quartier général de la 8ème Région militaire des FARDC (commandement du Nord-Kivu) est établi à deux pas de la base de l’APCLS sur l’axe Shasha-Bweremana. La population et les autorités locales se plaignent même de la surmilitarisation de la contrée. Le général Bauma, commandant Région, y réside depuis qu’il avait fui la ville de Goma – je devais dire depuis qu’il avait opéré un « replis stratégique » –  en novembre 2012. Mais sous le nez des FARDC, ce sont les APCLS qui font la loi.

On attend la Brigade d’intervention ?  

La recette-miracle qui va tout régler, y compris traquer des bandits armés de kalachnikov qui rançonnent la population et lui privent de ses modestes moyens de subsistance. Ce que les autorités du groupement n’ont pas dit, c’est la manière dont elles comptent gérer les militaires FARDC, qui ne se comportent pas différemment des miliciens, et qui rançonnent eux aussi les habitants. Va-t-il y avoir un troisième impôt en nature pour eux, ou va-t-on les laisser poursuivre le boulot eux-mêmes ? Entre trois et cinq points de perception sont installées à plus de cinq endroits sur les sentiers qui arpentent les collines de Muvunyi-Shanga,  par exemple pour aller de Karuba au marché de Shasha (8 heures de marche à pied). Les Nyatura ont leur point de perception (et leur mesure d’imposition), l’Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain (APCLS) ont le leur, les FARDC, la PNC, la Chefferie également). Parfois, des bandits non organisés érigent eux aussi leurs points de perception, et les paysans n’ont pas d’autre choix que d’obtempérer, sous peine d’être maltraités.

Où sont les « amis » de la RDC ? 

« Ils ont voté une résolution et se frottent les mains. Trois mille soldats vont venir « neutraliser » les groupes armés et instaurer la paix, l’autorité de l’Etat, et bla-bla-bla… Bon sang, mais quand est-ce qu’on va se mettre à l’évidence que le problème du Congo c’est avant tout la léthargie et l’irresponsabilité des autorités congolaises, depuis la présidence jusqu’aux ministres, parlementaires, gouverneurs, magistrats et autres ? » propos de Jean Paul KUBUYA un homme d’affaire de la place.

« Ceux qui prétendent être des « amis du Congo » pourraient-ils regarder davantage de ce côté là, plutôt que de nous larguer des résolutions qui en définitive ne sont qu’un rideau pudique sur leur propre irresponsabilité et leur lâcheté. Il faut faire pression sur Kinshasa, au besoin couper toute aide autre qu’humanitaire au Congo jusqu’à ce que des réformes soient entreprises, et des responsabilités minimales, comme dans ce cas celle de l’armée dans le groupement Muvunyi-Shangi, soient exercées  Sans cet effort, la Brigade d’intervention va échouer autant que la MONUC et la MONUSCO. » Rétorqua ce dernier.

Responsabiliser les autorités congolaises est plus qu’un besoin, c’est une absolue nécessité. C’est aussi une responsabilité pour des pays comme la France, la Belgique, les Etats-Unis, la Canada, …bref tous ces ténors de la « communauté internationale », pour autant que leur volonté affichée d’aider la RDC comporte quelque degré de sincérité et de cohérence.

 

Photo: Bâtiment administrative de la direction générale des impôts(DGI) à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Mwanza Kasongo
Goma – Oeil d’Afrique


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