RDC: la vie a repris, mais l’occupation par le M23 a laissé des traces

RDC: la vie a repris, mais l’occupation par le M23 a laissé des traces

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La vie a repris un cours normal dans les zones de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) naguère contrôlées par le Mouvement du 23 mars (M23), mais la longue occupation du groupe rebelle a laissé des traces difficiles à effacer.

Assurément, « la situation est meilleure aujourd’hui que quand on était avec le M23 », où l’on « nous faisait travailler de force » dit Félix, un habitant de Rutshuru.

Dans cette ville de 400.000 habitants à une soixantaine de kilomètres au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, les autorités sont revenues et leur présence fait progressivement oublier l’administration que le M23 avait mise en place dans les territoires sous son contrôle.

Dernier avatar d’une succession de rébellions tutsi soutenues par le Rwanda dans l’est de la RDC, le M23 a été vaincu début novembre après 18 mois d’existence, à l’issue d’une offensive militaire ayant permis à l’Etat congolais de reprendre le contrôle des quelque 700 kilomètres carrés qu’occupait encore ce groupe armé dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo, au Nord-Kivu.

Depuis lors, la situation est plutôt calme dans cette zone par rapport à l’ensemble de la province, où sévissent toujours des dizaines d’autres groupes armés.

Difficile de dire précisément combien de familles qui avaient fui les combats sont revenues. Néanmoins, sur la base des estimations obtenues de diverses sources onusiennes, plusieurs dizaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées en Ouganda et au Rwanda auraient regagné leur foyer.

Des milliers d’autres ne sont pas encore rentrées. Une chose est sûre, comme le confirme l’administrateur du territoire de Rutshuru, Justin Mukanya: le flux des retours continue.

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– Vivre normalement –

Le couvre-feu qu’imposaient les rebelles n’a plus cours. La population veut vivre normalement, mais conserve en elle comme autant de blessures les violations des droits de l’homme, le travail forcé, les pillages, spoliations et taxations forcées imputés au M23.

« Durant l’occupation, il y a eu beaucoup de pillages, on n’a plus rien. Et le gros problème que nous avons aujourd’hui, c’est le manque de travail. C’est vraiment la crise. Les hommes d’ici, nous sommes tous chômeurs », se plaint Félix à Rutshuru.

La situation est meilleure dans les zones rurales. Dans ces montagnes agricoles, où l’on peut avoir jusqu’à trois récoltes par an selon les denrées, on a besoin de bras.

« Ici la vie va bon train. Tout est à la normale. Espérons que ça pourra durer », dit un habitant à Jomba (environ 20 km au sud-est de Rutshuru).

Par peur de représailles, tous les Tutsi des environs, à de rares exceptions près, avaient fui après la débâcle du M23. Ceux qui sont rentrés s’estiment globalement satisfaits, mais beaucoup ne sont pas encore revenus et leurs maisons sont occupées par des soldats.

« Quand ceux qui sont encore réfugiés en Ouganda apprennent cela, ils ne veulent plus revenir », se plaint Innocent, éleveur bovin de 48 ans.

« Mais quand un Tutsi rentre, les militaires libèrent la maison », précise Sylvestre, un trentenaire qui l’accompagne.

Avec les voisins hutu, la cohabitation semble plutôt bonne. C’est « comme auparavant parce que nos vaches vont brouter » sur leurs terres, dit Innocent. Malgré tout, les deux hommes préfèrent parler discrètement, de peur d’être entendus.

Tous deux se plaignent en revanche d’arrestations arbitraires dont seraient régulièrement victimes les Tutsi. « Tout Tutsi ici est assimilé au M23 », regrette Sylvestre.

A Kibumba, localité à majorité hutu proche de Goma, Jean (prénom changé) confirme la méfiance de la population vis-à-vis des Tutsi.

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Avant le M23, « une association de vieux sages de chaque communauté se mettait ensemble pour souder les communautés », dit-il. « Mais la guerre du M23 a tout remis à zéro, et les gens se disent: c’est toujours le Rwanda, c’est toujours les Tutsi qui créent des problèmes ».

Après le génocide de 1994 au Rwanda, déclenché par le régime hutu, où 800.000 personnes, essentiellement des Tutsi, avaient été tuées, Kigali est intervenu militairement dans l’est de la RDC pour poursuivre les génocidaires, et a par la suite soutenu des guérillas. 

Avec l’AFP

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