RÉFLEXION – François Hollande et l’Afrique

RÉFLEXION – François Hollande et l’Afrique

Le président élu François Hollande à Paris, le 8 mai 2012

François Hollande, qui s’installera demain au Palais de l’Élysée, ne présente à première vue aucune des qualités nécessaires pour faire bouger les lignes dans le domaine très figé des relations entre la France et l’Afrique. Il est, assurément, un fin stratège politique comme l’a démontrée l’interminable campagne qui lui permit d’abord d’imposer sa candidature au sein du parti socialiste, ensuite de rallier à sa personne la coalition hétéroclite des partis de la gauche française, enfin de l’emporter sur le président sortant, Nicolas Sarkozy. Mais il n’a aucune expérience de la scène internationale et ne connaît pratiquement rien de l’Afrique, ce qui paraît le condamner à l’immobilité, voire à la passivité dans ses relations à venir avec le continent.

Quitte, cependant, à commettre une erreur que nos lecteurs voudront bien pardonner si ce qui suit n’était pas confirmé dans les mois à venir, nous pensons que le nouveau président de la République changera au contraire la donne entre la France et ses partenaires africains.

Ceci pour au moins trois raisons :

1) François Hollande, bien qu’issu de la très technocratique École nationale d’administration, est fondamentalement un « paysan ». Au sens noble et littéral du terme puisque, né à Rouen, dans le nord de la France, il a choisi de construire sa carrière politique au coeur même de l’Hexagone, dans le département très rural de la Corrèze où seuls le travail, la raison, le bon sens terre-à-terre permettent aux hommes de surmonter les dures exigences de la vie. Les pieds dans la glaise, comme on dit chez nous, il a acquis sur le terrain une forme de pragmatisme qui devrait lui permettre, ayant accédé aux plus hautes fonctions de l’État, de s’en tenir aux réalités et de ne pas céder aux mirages. Il est, de ce fait, très probable qu’il ne fera pas sien le mythe de la « Françafrique » qui, en moins de trente ans, a mis à mal les relations privilégiées que la France entretenait avec ses anciennes colonies.

2) Pleinement conscient que l’ouverture de l’Europe vers les pays de l’Est après la chute de l’Empire soviétique a permis à l’Allemagne de s’imposer comme le leader du Vieux continent et a conduit du même coup la France à délaisser imprudemment ses partenaires traditionnels, François Hollande comprendra vite, si ce n’est déjà fait, que la seule façon de rééquilibrer les forces au sein de l’Union européenne est de resserrer les liens avec l’Afrique émergente. Mais comme il connaît bien ses propres limites dans le champ diplomatique, il confiera certainement à des hommes et à des femmes d’expérience le soin de construire avec les partenaires traditionnels de la France des relations saines, équilibrées, dans lesquelles, d’ailleurs, la culture jouera un rôle éminent comme il l’a déjà dit dans l’un de ses discours. Nous serons certainement très vite fixés sur ce point.

3) Prenant les rênes du pouvoir dans un moment où la France affronte l’une des pires crises de son Histoire, François Hollande sait parfaitement que seule la croissance, donc la relance de l’économie, résoudra les problèmes auxquels il va devoir remédier. Il a également conscience qu’il ne suffira pas de taxer les riches et de réduire les dépenses inutiles pour panser les plaies ouvertes par le chômage, la misère, l’absence de perspectives pour la jeunesse mais que le salut passera nécessairement par les entreprises et la relance des échanges extérieurs. Il sait aussi et surtout que le problème de l’immigration sauvage auquel la France se trouve confrontée ne sera résolu que par le développement durable des pays du tiers monde. À des relations avec l’Afrique qui étaient fondées sur le discours plus que sur l’action, il substituera donc certainement des formes de coopération concrètes, très éloignées du néocolonialisme plus ou moins déguisé qui prévalait jusqu’alors.

Ceci étant dit, attendons et voyons ce qui va se passer dans les heures et les jours à venir. Mais souhaitons aussi que les dirigeants africains prennent sans trop tarder la mesure de la chance qui s’offre aujourd’hui à eux de tirer un meilleur parti de leurs relations avec un pays qui demeure, malgré ses difficultés présentes, une grande puissance.

Jean-Paul Pigasse

 

Bona

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