Réflexion sur la peine de mort

Réflexion sur la peine de mort

Avec les derniers évènements qui ont affecté le monde Noir aux USA notamment (affaires Troy Travis et Trayvon Martin, par exemples), il devient très hasardeux de vouloir s’exprimer sur la question de la peine de mort.

D’autant plus en qu’en 2012, la question de la lutte contre la peine de mort semble être devenue un enjeu majeur, soutenue par forces ONG droit-de-l’hommistes qui en ont fait leur cheval de bataille.

Ainsi les pays comme la Chine, l’Iran, d’Asie et ceux d’Afrique qui ne l’ont pas encore fait sont sommés de rejoindre le train de la civilisation en abolissant cette « monstruosité » qu’est la peine de mort.

On ne s’interroge jamais sur le pourquoi de cet acharnement de la lutte contre la peine de mort de ces officines occidentales. Est-ce par charité, par bonté de cœur, par humanité ? Certainement pas, l’Histoire est là pour nous montrer que l’amour du prochain est plus qu’un crime sous ces latitudesdroits-de-l’hommistes.

D’un point de vue culturel, la peine de mort, qui est préconisée dans tous nos livres sacrés comme punition contre les crimes de sang et d’autres encore, est le baromètre de notre degré de civilisation. Nos ancêtres, grands juristes qu’ils étaient, considéraient que l’existence de la peine de mort permettait de mesurer les progrès effectués par une civilisation dans son combat pour s’éloigner de la barbarie et se revendiquer de la civilisation.

Ils estimaient que certains crimes étaient tels que la société ne pouvaient ni réparer le mal commis ni réhabiliter l’auteur du crime, si bien que la seule solution serait de retirer cette personne de cette civilisation. Ainsi le jour où les politiciens feront leurs devoirs, à savoir permettre aux populations de vivre décemment loin des conditions criminogènes ; le jour où les éducateurs feront leurs devoirs en formant des hommes et des femmes droits amoureux de la paix, de la fraternité ; le jour où les hommes et les femmes de nos tribunaux feront leurs devoirs en appliquant la loi avec diligence et discernement ; ce jour-là l’habitus du peuple sera tel que la peine de mort tombera d’elle-même en désuétude sans même avoir besoin de l’abolir.

La question de la peine de mort, du point de vue africain, est éminemment philosophique dépassant de loin le simple cadre de la doxa des ONG ou du sentimentalisme des « opinions publiques » occidentales.

Ainsi pour la société africaine, la peine de mort est le baromètre qui lui permet d’interroger de la corruption de ses mœurs, de la déliquescence de ses tribunaux, de la dégénérescence de ses élites, de la perdition de ses valeurs, de vacuité de sa praxis politique.

Qui peut croire qu’une « civilisation » barbare devient civilisée parce qu’elle abolit la peine de mort ? De même qui peut croire qu’une civilisation dont les mœurs des membres sont irréprochables serait arriérée parce qu’elle n’abolit pas la peine de mort de son code pénal ? Et en quoi ces membres seraient menacés par cette peine de mort, quand la société dans sa globalité se tient loin des crimes visés par la loi sur la peine de mort ?

Donc on voit bien que la réflexion du monde noir à ce sujet est loin de celle des tenants du droit-de-l’hommisme.

Et quand on s’attarde avec plus d’attention sur la logique qui sous-tend le combat de ces ONG et pays qui militent (officiellement) contre la peine mort, on comprend qu’ils se positionnent stratégiquement dans la défense de leurs intérêts cupides, mercantiles qu’ils masquent (malhabilement) par un discours sur les Droits de l’Homme.

En effet tous ces oligarques qui dirigent les pays occidentaux, ont besoin d’agents pour opérer directement sur les lieux de théâtre que sont les pays non-soumis à la vision de l’Otan, de l’empire anglo-hollandais. Ces agents sont le plus souvent des agents secrets, des soldats et officiers d’élite des forces spéciales de l’armée, des journalistes ou des acteurs locaux inféodés.

Dans un pays où existe la peine de mort, la vie de ces agents est constamment en danger. Car un tel agent quand il est découvert peut être exécuté pour espionnage s’il est étranger (forces spéciales, journalistes, agents secrets) ou pour haute trahison s’il est un agent local. C’est un manque à gagner énorme et un élément de dissuasion efficace qui réduit les vocations d’espion ou de traitre. Les espions et les traitres ne sont pas nombreux à vouloir opérer là où ils savent que leur découverte signifie leur mort médiatisée ou non.

Ainsi pour sauver leurs agents, les oligarques via des ONG droits-de-l’hommistes, font une propagande agressive contre les pays dont ils convoitent les richesses ou dont ils sont concurrents. Comme ça si un de leurs agents est attrapé, ils (les oligarques occidentaux) ont l’assurance qu’il ne sera pas exécuté, donc que son exécution ne pourra pas être utilisée par le « dictateur » pour effrayer l’opinion publique occidentale et dissuader toute nouvelle tentative d’infiltration ou de déstabilisation.

C’est la seule raison objectif qu’il faut avancer pour expliquer la multiplication exponentielle des ONGdroits-de-l’hommistes occidentales ou apparentées, aussi bien en Chine, en Afrique, dans les pays musulmans, en Amérique latine, etc. Car il ne faut pas se bercer d’illusion, tous les pays occidentaux, sans exception, sont pour la peine de mort, mais la plus ignoble de toutes. Pas la peine de mort prononcée par un tribunal ou l’accusée est défendu par un ou des avocats, et dispose des droits, où il lui est permis de bénéficier de voies de recours (appel, cassation, grâce). Non la peine de mort extrajudiciaire, celle qui se déroule hors des tribunaux. Celle des tapis de bombes qui tombent, telle une pluie de feu, sur des maisons, des palais présidentiels, des écoles, des hôpitaux, des crèches. Sans que les personnes à l’intérieur ne ces immeubles ne puissent se défendre devant un tribunal.

Que penser du très démocratique Etat français qui abolit la peine de mort (judiciaire) mais bombarde en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Côte d’Ivoire, en Somalie, dans la Sahel ? Que dire du silence grand du « avocat » Badinter (ex -ministre de la Justice et Garde des Sceaux français auteur de l’abolition de la peine de mort en France) face à l’exécution sommaire (extrajudiciaire) du Guide libyen ? Que dire du président Obama et de son Joint Special Operations Command (JSOC) ou commandement conjoint des opérations spéciales qui peut condamner à la peine de mort sur simple décision d’Obama ? Ce dont il ne s’est, d’ailleurs, pas privé notamment en Libye, en Somalie, au Yémen ou en Afghanistan.

Donc ils « abolissent », dans leurs pays européens ou nord-américains, la peine de mort au niveau des tribunaux mais continuent de condamner à mort de façon extrajudiciaire via leurs grenades, leurs fusils d’assaut, leurs missiles, leurs bombes à fragmentation, au phosphore blanc ou en uranium appauvri.

Leur attachement à la peine de mort est tel que même quand ils disent abolir judiciairement celle-ci, ils instituent la prison à perpétuité avec impossibilité d’en sortir. Mais quelle philosophie se cache derrière le concept de « prison », si ce n’est celui de la rédemption, de la réhabilitation après avoir purgé une peine de privation de liberté derrière des barreaux ? Pour les législateurs, après avoir commis tel crime ou tel délit ou telle infraction, l’auteur de la forfaiture peut se rédimer, se racheter après une certaine période privation de liberté en prison. Or quand on condamne quelqu’un à perpétuité avec impossibilité de sortir, où se trouve la rédemption ? Quel sens prend dans ce cas la prison quand on n’a plus aucune chance de sortir ? Qu’est-ce qu’il y a d’humain dans ça ? Et surtout quand on est condamné à perpétuité avec impossibilité de sortir, n’est-ce pas ouvertement là une condamnation à mourir en prison, donc (pragmatiquement) une peine de mort ?

On comprend ainsi que les logiques de la peine de mort ne sont pas les mêmes pour une société africaine en phase avec son héritage philosophico-éthique, et pour les oligarques occidentaux au agenda meurtrier. Aussi revendiquer l’abolition de la peine de mort est pour nous autres Africains une rupture éthique avec notre tradition et surtout une mis en danger de notre sécurité car c’est ouvrir la porte aux agents secrets, aux forces spéciales, aux journalistes sous couverts et aux traitres de la patrie.

TAHERUKA SHABAZZ, Directeur de l’ISA

 

 



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