Répression des manifestations au TOGO

Répression des manifestations au TOGO

Le président du Togo Faure Gnassingbé sort du bureau de vote le 4 mars 2010 à Lomé (AFP Issouf Sanogo)

La phobie des manifestations est congénitale au Togo. L’art de tuer dans l’œuf toute aspiration démocratique est dans les gènes des dirigeants. Après son père, qui en avait fait son sport favori, Faure Gnassingbé a inscrit lui aussi les violations des libertés, notamment celle de manifester, dans son logiciel de gouvernance. Il vient d’en faire à nouveau la preuve, en faisant charger à coups de gaz lacrymogène une manifestation pacifique de l’opposition et de la société civile réunies au sein du Collectif « Sauvons le Togo », dont le seul crime est de s’opposer à la modification unilatérale du Code électoral. Pourtant, on avait cru qu’après le faux pas de sa prise de pouvoir (des centaines de Togolais avaient été tués), Faure Gnassingbé écrirait une nouvelle page de la vie politique du pays, en rompant avec les années de braise de son père.

Sous la houlette du médiateur Blaise Compaoré, il avait en effet marqué son accord pour une ouverture démocratique du régime. On croyait arriver le temps du dégel et de la collaboration républicaine avec l’opposition. On croyait enterrées à jamais ces scènes d’un autre âge que donnait à voir le Togo de Gnassingbé père : courses-poursuites entre militaires et opposants à travers les rues de Lomé, incursions musclées des forces de l’ordre dans les quartiers réputés proches de l’opposition, emprisonnements et même meurtres d’opposants. C’était en fait un leurre. Sous ses dehors de jeune président, Faure s’est révélé être un véritable prédateur de la démocratie. Ceux qui avaient cru, naïvement, en une mue de l’homme, doivent déchanter.

Certes, Faure, depuis l’hécatombe de son arrivée au pouvoir, ne tue pas à tout va, mais il traîne avec lui les scories de l’ancien régime. Il fait du Eyadéma mais en expurgeant certaines anciennes pratiques de son mode opératoire, aujourd’hui difficilement applicables, comme les crimes politiques. Aujourd’hui, on peut tuer la démocratie sans l’extrême brutalité d’antan qui consistait aussi à tuer les apprentis démocrates. Faure, tout en se proclamant adepte de la démocratie, a multiplié des actes aux antipodes de la réconciliation et de l’Etat de droit, comme l’orchestration des divisions au sein de l’opposition, la répression des manifestations, etc. Dans toute démocratie, il est permis d’exprimer son opinion sur les choix des décideurs.

Des règles existent pour régir ces droits des citoyens, des associations et des partis politiques, comme le fait d’éviter les casses et autres actes de violence et de vandalisme. Si le Collectif « Sauvons le Togo » s’y astreint, il doit être autorisé à manifester. En tout état de cause, le pouvoir togolais doit cesser d’être allergique aux diverses formes d’expression démocratique, notamment les manifestations de rue pacifiques. Pour son propre bien et pour celui du Togo, Faure Gnassingbé doit enlever ces œillères qui l’empêchent de voir les évolutions en cours et de sentir les aspirations des Togolais. Le nouveau vent démocratique venu du nord du continent commence à souffler aussi, certes timidement encore, sur sa partie subsaharienne. C’est une réalité à ne pas nier, au risque de devoir un jour fuir sans demander ses restes.

Mahorou KANAZOE

Bona

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