Reuben : Portrait d’un artiste militant

Reuben : Portrait d’un artiste militant
Reuben Yemoh Odoi

Reuben Yemoh Odoi

Guitare en bandoulière, dreadlocks bien soignés et une mine avenante, sa silhouette ne laisse guère indifférente. Quand Reuben Yemoh Odoi prononce une phrase, l’injustice est toujours épinglée sans concession.

Artiste musicien originaire du Ghana, son parcours est atypique. Né dans une famille chrétienne en 1977,  il se convertit à l’Islam en 2001 au Sénégal. ‘’Enfant, je passais mon temps à vadrouiller dans les environs des mosquées de mon quartier’’, révèle t-il.

Mais, en réalité, sa conversion à l’Islam est plus une révolte qu’une affaire de foi. ‘’Je suis devenu musulman pour tourner une page de ma vie qui était faite de fatalisme et de défaitisme mais surtout pour m’opposer aux injustices que le monde chrétien cautionnait contre les peuples africains’’, clame t-il en haussant le ton.

Quand Reuben se remémore de son enfance, la tristesse plisse son front. ‘’J’ai perdu ma mère quand j’avais quatre ans et j’ai vraiment vécu cette épreuve difficilement’’, avoue-t-il avec amertume. C’est cette épreuve qui a forgé en moi l’esprit du combat contre l’injustice et mon altruisme à l’égard des faibles’’

Du slam au reggae

La musique comme métier, Reuben n’y était vraiment pas destiné. ‘’Au début, raconte-il, j’écrivais des textes pour faire passer des messages’’. Puis, il s’est retrouvé dans le mouvement du slam pour décrier la mauvaise façon des dirigeants ghanéens à gérer les questions des classes défavorisées.

Entre 1990 et 1995, il compose des textes qu’il lit sans musique. ‘’Dans ma famille, c’était un tabou de jouer de la musique car mon père n’avait pas la musique en estime’’, lâche t-il. Ainsi, pour passer ses textes, il doit recourir à l’aide des instrumentistes qu’il fallait généralement rétribuer.’’Ce n’était pas aisé’’, admet il.

En 1997, ayant réalisé qu’il ne pouvait vraiment pas faire la musique dans son pays, il se décide d’aller tenter l’expérience ailleurs. ‘’J’ai ainsi choisi de quitter Accra pour aller m’établir à Dakar où les opportunités ne manquaient pas’’. Mais ce ne sera là que le début d’un long apprentissage.

Arrivé au Sénégal, plutôt que de faire la musique, Reuben se lance dans la boxe. ‘’Quand je suis arrivé au Sénégal, j’étais dépaysé et ne savait trop quoi faire. Et, comme j’étais déjà un amateur de boxe, j’ai commencé à m’entraîner avec l’équipe nationale sénégalaise de boxe’’.

Simultanément à la boxe où il va réussir à faire une petite carrière professionnelle, il apprend à gratter la guitare. ‘’Loin de ma famille, je pouvais enfin  toucher aux instruments’’, narre t-il. C’est dans ce contexte que la musique  a repris ses droits dans ma vie’’, enchaîne t-il.

L’interruption de sa carrière de boxe lui rappelle aussi des tristes souvenir. ‘’C’est suite à une injustice que j’ai arrêté la boxe souligne t-il. J’étais retenu pour aller prendre part à une compétition de boxe aux Etats-Unis mais l’on m’a sans raison privé de visa’’. Dès lors Reuben, militant, n’a plus que la défense de la dignité de l’Afrique sur les lèvres. 

En 2000, il crée son premier groupe musical à Dakar, ‘’Royal tour’’. Il se produit dans des hôtels et participent aussi à des festivités musicales à travers le Sénégal. ‘’Je jouais la musique de variétés et en profitais pour composer mes chansons’’. Mais, quatre après, comme il avait du mal à trouver ses marques au Sénégal, il décide d’aller tenter sa chance en Algérie où il passe une année blanche faute de débouchée.

En 2005, il arrive au Maroc où il rejoint le groupe marocain Tchagna Jam avec lequel il évolue pendant 4 ans. ‘’Ces quatre ans passés avec ce groupe marocain m’ont permis de m’organiser pour voler de mes propres ailes’’ renseigne t-il. J’ai suis parvenu à me faire un certain équilibre’’.

En 2009, il crée le groupe Black héritage, essentiellement composé d’artistes musiciens d’Afrique dont 3 marocains, 2 congolais de Kinshasa, 3 togolais et 1 congolais de Brazzaville. ‘’J’ai fait appel aux frères africains pour constituer un groupe musical capable de jouer toutes les sonorités africaines’’, affirme t-il.

Grâce à ce groupe, aujourd’hui rebaptisé Minority Globe, Reuben s’épanoui. Il participe à plusieurs concerts et festivals au Maroc. Le public est aussitôt charmé par sa musique qui oscille entre le reggae, l’Afro-beat, la Pop et le slam, le tout rehaussés des messages militants. ‘’Dans mes chansons, j’aborde des thèmes qui vont des minorités opprimées à la problématique de l’immigration’’, soutient t-il.

’Je chante aussi l’amour et la paix dans le monde’’, ajoute t-il. Deux thèmes accrocheurs qui donnent un large contour à sa musique très engagée. Aujourd’hui, Reuben voyage dans le monde et prend part à des nombreuses manifestations, concerts et festivals qui lui servent de tribune pour faire passer son message. ‘’Mon message contre les inégalités et les violences qui rendent la vie plus précaire’’, dit il.

Au Maroc, Reuben est devenu une icône de la diaspora africaine subsaharienne. Son message le précède partout. Acteur de la société civile internationale, son dernier album en préparation annonce des perspectives encore plus réjouissance pour ce boxeur devenu musicien et qui porte haut le combat des subsahariens pour la dignité et leur quête d’une vie meilleure.

Dans les titres phares extraits de son dernier album, Stranger, il s’évertue à canaliser l’éveil de la jeunesse africaine. ‘’J’interpelle les jeunes africains sur les solutions qu’ils doivent trouver pour sortir de l’impasse et prendre en main leur destinée’’. Sortir la jeunesse africaine confrontée au phénomène d’immigration clandestine et son lot des morts, c’est bien là une mission noble.

‘’Dans le titre Watch yourself, j’exhorte la jeunesse africaine à cesser de rêver de l’eldorado européen dont l’aventure finit souvent tragiquement, assène t-il. Les jeunes africains ne doivent pas penser que la solution à leurs problèmes se trouve de l’autre côté de la Méditerranée’’.

Jean Roger Mboyo
Cassamblaca – Oeildafrique.com

Mohamed Mboyo Ey'ekula

Mohamed Mboyo Ey'ekula

Journaliste - Politologue.


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1 commentaire

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  1. Lamine Diédhiou
    Lamine Diédhiou 13 novembre, 2013, 11:49

    Reubben, je l’ai connu au Maroc car nos chemins de militants des droits humains se sont croisés. Et je me réjouis de constater qu’il n’a rien perdu de son engagement et de ses principes dans sa démarche. Son aventure est plutôt remplie d’embûches mais il a toujours su trouver les moyens pour se remettre en route.
    Alors, je ne ferai que confirmer à ce que cet article nous rapporte. Et de dire à ce grand artiste courage et bonne continuation.

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