Rwanda: 10 ans de prison pour le chanteur populaire Kizito Mihigo

Rwanda: 10 ans de prison pour le chanteur populaire Kizito Mihigo
Le chanteur rwandais très populaire, Kizito Mihigo, parle à la presse le 15 avril 2014 à Kigali

Le chanteur rwandais très populaire, Kizito Mihigo, parle à la presse le 15 avril 2014 à Kigali|AFP

Un chanteur rwandais très populaire, Kizito Mihigo, a été condamné vendredi à 10 ans de prison à Kigali, reconnu notamment coupable de conspiration contre le gouvernement du président Paul Kagame.

Kizito Mihigo, arrêté en avril, a aussi été reconnu coupable de « formation d’un groupe criminel » et « d’entente en vue de commettre un assassinat ». Faute de « preuves », le juge n’a en revanche pas retenu l’accusation de complicité dans un acte terroriste.

Le juge a expliqué n’avoir pas suivi le procureur, qui avait requis la perpétuité contre le chanteur, tenant compte du fait que Kizito Mihigo avait « plaidé coupable et demandé pardon ».

Kizito Mihigo, auteur notamment de chants liturgiques, était jugé aux côtés de trois co-accusés: un journaliste, Cassien Ntamuhanga, un soldat démobilisé, Jean-Paul Dukuzumuremyi, et Agnes Niyibizi, une femme accusée d’avoir servi de trésorière au Congrès national rwandais (RNC).

Le RNC est une formation d’opposition considérée comme terroriste par Kigali. Ses dirigeants, en exil, sont des transfuges du Front patriotique rwandais (FPR), le parti de Paul Kagame.

Jean Paul Dukuzumuremyi et Cassien Ntamuhanga, reconnus coupables de toutes les charges, ont écopé respectivement de 30 et 25 ans de prison. Agnès Niyibizi a été acquittée.

Les quatre accusés étaient jugés depuis novembre dans la capitale rwandaise. On leur reprochait la préparation d’attentats pour venger la mort d’un fondateur du RNC, Patrick Karegeya, ex-chef des renseignements rwandais retrouvé mort étranglé en Afrique du Sud début 2014.

Kizito Mihigo, un rescapé du génocide de 1994 contre les Tutsi, aujourd’hui âgé de 35 ans, avait plus spécifiquement été accusé d’avoir mobilisé des jeunes pour le RNC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle hutu rwandais lui aussi en exil et dont des membres sont accusés d’avoir activement participé au génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, essentiellement parmi les Tutsi, selon l’ONU.

Le procureur l’avait aussi accusé d’avoir évoqué « un renversement » du gouvernement et d’avoir établi une liste de « personnes à tuer », qui incluait le nom de Paul Kagame.

Des quatre co-accusés, seul le chanteur, contre l’avis de ses avocats, avait plaidé coupable.

Au cours du procès, Kizito Mihigo, qui selon des proches a été détenu illégalement une semaine avant son arrestation, a reconnu des conversations par internet avec un membre du RNC dans lesquelles il critiquait fortement le gouvernement.

– Pouvoir fébrile –

L’arrestation de ce chanteur qui avait participé à l’écriture de l’hymne national rwandais, qui militait ouvertement pour la réconciliation nationale et qui, jusqu’aux célébrations du 20e anniversaire du génocide, était de toute les cérémonies officielles, avait provoqué l’incompréhension au Rwanda.

Pour des observateurs, il paie aussi certainement une chanson qu’il venait d’écrire et dans laquelle il évoque les crimes que le FPR est accusé d’avoir commis avant son arrivée au pouvoir, pendant l’offensive qui a mis fin au génocide puis lors des traques des présumés génocidaires qui ont suivi. Le sujet est encore extrêmement tabou dans ce pays d’Afrique des Grands Lacs.

Dans cette chanson, sortie sur internet juste avant l’anniversaire du génocide et immédiatement interdite, il estimait que « la mort n’est jamais bonne, que ce soit le génocide, la guerre, les vengeances, les accidents ou les maladies ». « Je suis un rescapé du génocide, mais ce n’est pas pour autant que j’ignore la souffrance des autres », poursuivait-il.

« Je suis convaincu que c’est par rapport à cela qu’il a été arrêté », estime un défenseur rwandais des droits de l’Homme. « Cela revenait à demander que le FPR reconnaisse les crimes commis par ses militaires ».

Quoi qu’il en soit, jugent des analystes, ce procès a montré la fébrilité d’un régime qui, à l’approche d’une présidentielle à laquelle Paul Kagame est fortement soupçonné de vouloir se représenter, musèle de plus en plus toute voix dissonante.

C’est « un signe que le gouvernement est en ce moment sur la défensive », estime Susan Thomson, professeur à l’université Colgate de New York et auteur de livres sur le Rwanda. « Je le lis comme un signe de faiblesse (…) parce qu’ils doivent éliminer les gens avec une assise potentielle dans le pays ».

Selon elle, le gouvernement envoie ainsi un message à ceux « qui auraient envie d’être politiquement actifs ».

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