Rwanda : brûler les morts plutôt que les enterrer pour gagner des terres

Rwanda : brûler les morts plutôt que les enterrer pour gagner des terres
brûler les morts plutôt que les enterrer

Un cimetière pour les personnes mortes pendant le génocide de 1994.

Pour réduire les coûts des funérailles et gagner des terres arables, le gouvernement rwandais préconise la crémation des morts, jusque-là étrangère à la culture locale. Une loi est en préparation.

Les prix des tombes dans les cimetières rwandais sont exorbitants pour les pauvres qui veulent enterrer leurs morts. « À Kigali comme dans d’autres villes, certains préfèrent abandonner les moribonds de peur de ne pas trouver les moyens pour les funérailles », témoigne un villageois de Gasabo. Ainsi à Rusororo, faubourg situé à 20 km de Kigali, les prix varient de 25 $ à 1500 s selon la taille de la sépulture et les matériaux employés.

En outre, les cimetières représentent des superficies de terres arables qui ne sont pas cultivées. Pourtant le pays à plus de 390 hab/km2 et jusqu’à 800 par endroits et les exploitations agricoles sont de plus en plus étroites (0,2 ha en moyenne dans le nord du pays, région la plus peuplée). Mais les agriculteurs doivent attendre au moins 20 ans pour cultiver les cimetières une fois qu’ils ne sont plus utilisés. « Certaines familles s’obligent même de garder sacrées et inexploitées les terres qui hébergent les leurs », explique un villageois de l’Est.

Des urnes plutôt que des tombes

Pour pallier ces problèmes, le parlement rwandais examine un projet de loi portant organisation et fonctionnement des cimetières et surtout de la crémation des défunts. La crémation se déroule à une température de 850°C dans un appareil soumis à un fort apport d’air frais permettant une combustion très rapide. Le bois du cercueil, les vêtements, les chairs, tout est transformé en gaz ou en poussières évacués avec les fumées. Seules restent les cendres de la partie calcaire des os qu’on recueille alors dans une urne.

« L’État aménagera un lieu dans lequel on mettra des urnes où seront conservées des cendres des corps brûlés. La crémation présente des avantages : elle est moins chère et moins encombrante », essaie de convaincre un cadre au Secrétariat général de la Chambre des députés. « Même si, d’habitude les Rwandais enterrent les leurs dans les tombes creusées, à l’avenir ils seront obligés, qu’ils le veuillent ou pas, de faire incinérer leurs proches », estime un parlementaire. Après l’entrée en vigueur de la loi sur les cimetières, un arrêté ministériel précisera des détails sur la crémation : son coût et sa mise en application.

Des réticences à incinérer ses proches

Mais beaucoup de gens ne dont pas prêts à assister à l’incinération des corps de leurs proches. « La violence et la brutalité de la crémation sont insupportables. Quand l’homme meurt, il faut l’enterrer. On respecte ainsi le corps humain qui est l’œuvre de Dieu », estime Anaclet Kayitare, un chrétien catholique de Kigali. Avis qu’il partage avec cette femme, ressortissante de la province du sud pour qui « incinérer un mort est une façon de le mutiler ». La résistance à la crémation, qui fut institutionnalisée en Asie par le bouddhisme et l’hindouisme et largement pratiquée aujourd’hui en Europe, est due au fait qu’elle est absente de la culture rwandaise et que la population n’a pas été concertée sur une technique aussi nouvelle.

Les législateurs souhaitent aussi que les tombes soient construites avec des matériaux légers. Pour les parlementaires, ceux utilisés – ciment, pierres et fers à béton – non seulement font grimper les coûts mais ils sont polluants et mettent beaucoup de temps à se décomposer. « On reconnait facilement les riches et les pauvres même au cimetière », commente un villageois de Gasabo. Les tombes des aisés sont construites en dur, avec des murs en carreaux, des textes pour les identifier.

En milieu rural, l’ancienne loi en cours de révision n’était pas stricte sur certaines conditions à remplir pour inhumer un mort. Ainsi, jusqu’ il y a peu, il était possible d’enterrer un proche à domicile ou sur un terrain privé. Avec ce projet de loi en discussion, « Il est interdit d’inhumer dans un endroit autre que le cimetière », excepté dans les maisons de culte. Également, « sur demande motivée d’une personne physique ou morale légalement constituée, le maire de district peut, pour des raisons valables, octroyer une autorisation spéciale d’inhumer dans un autre endroit non prévu par la loi ».

 

Venant Nshimyumurwa

Bona

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