Rwanda : la censure se renforce

Rwanda : la censure se renforce

Les députés rwandais viennent de voter une loi autorisant les plus hauts responsables des services de sécurité à surveiller les appels téléphoniques et les communications électroniques de personnes suspectes de vouloir porter atteinte à la sûreté de l’Etat. En privé, les Rwandais de l’intérieur dénoncent la loi tandis que ceux de l’opposition en exil décrient ouvertement un texte dicté par la peur et la violence.

« C’est une façon de nous bâillonner. C’est de la censure pure et simple. » Nombreux sont les Rwandais qui, comme cette jeune universitaire, critiquent la nouvelle sur la surveillance des communications téléphoniques et des échanges sur internet. Même si la plupart d’entre eux préfèrent formuler leurs critiques en privé.

N’importe quoi

Le chef de la police, celui de l’armée et le patron des renseignements auront le droit de surveiller les communications de toute personne suspecte de vouloir porter atteinte à la sûreté de l’Etat. Ce texte qui vient d’être adopté par les députés interdit par ailleurs la fréquentation de sites internet interdits ou la lecture de certaines informations. La lecture de documents considérés par le gouvernement comme séditieux sera punie comme un acte de complicité avec l’auteur. « Cela veut dire que si j’appelle Patrick Karegeya ou si je lis un communiqué de son parti, je serai punissable ! », commente un journaliste indépendant qui a préféré garder l’anonymat. Le colonel Karegeya, ancien chef des renseignements militaire du régime du président Paul Kagame est actuellement en exil en Afrique du Sud, de même que le général Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’armée. Avec d’autres transfuges du régime, ils ont créé il y a deux ans le Congrès national rwandais (Rwanda National Congress-RNC), qui ne cesse d’appeler au départ de Kagame. « Cela veut dire que nous sommes désormais à la merci de ces trois grands messieurs de la police, de l’armée et des renseignements. Car, dans ce chef d’accusation d’atteinte à la sûreté de l’Etat, on peut mettre tout et n’importe quoi », estime un jeune avocat.

Sur les radios locales, notamment sur Radio Rwanda, la station gouvernementale, quelques voix ont critiqué la loi, dénonçant une violation de la vie privée des individus, mais sans aller plus loin. Dans sa réaction, le ministre de la Sécurité intérieure, Fazil Harerimana, a annoncé une campagne pour expliquer le bien-fondé de la loi.

Sous l’emprise de la peur

Les plus virulentes critiques viennent de personnes en exil. « C’est un signe de plus que le régime en place à Kigali est un régime totalitaire », affirme Eugène Ndayaho, vice–président des Forces démocratiques unifiées (FDU), le parti de l’opposante Victoire Ingabire, poursuivie notamment pour complicité de terrorisme. « En fait, le gouvernement ne fait que légaliser ce qui se faisait depuis longtemps. Même Ingabire a été victime de cette pratique. C’est une nouvelle étape dans la mise en place de lois liberticides », poursuit l’opposant qui vite en France. Pour lui, « le régime se protège par des pratiques dictatoriales basées sur la peur et la violence ». Même avis de la part du journaliste en exil, Amiel Nkuriza, qui y voit « une preuve que le régime est sous l’emprise de la peur ».

Cette nouvelle loi rejoint dans l’arsenal juridique rwandais deux autres textes tant décriés par les organisations internationales de droits de l’homme. Il s’agit des lois relatives l’idéologie du génocide et au sectarisme. Amnesty International demandait, dans un rapport publié en août 2010, l’amendement de ces lois rédigées en termes vagues et accusait le gouvernement de s’en servir pour éradiquer toute dissidence politique et museler la liberté d’expression. Le processus de révision de la loi sur l’idéologie du génocide est en cours.

Rnw / Oeildafrique

Bona

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