Sayed ou la vie non rêvée d’un arabe en Israël

Sayed ou la vie non rêvée d’un arabe en Israël

[GARD align= »center »]

Un homme porte le drapeau Israélien (illustration) Crédit : Thomas Samson| AFP

Un homme porte le drapeau Israélien (illustration) Crédit : Thomas Samson| AFP

L’annonce, mardi soir, du cessez-le-feu permanent entre Israël et le Hamas a été largement célébrée par les populations israéliennes et palestiniennes. Les explosions de joie observées ces derniers jours peinent à masquer les dissensions et la difficulté de cohabitation entre ces deux peuples voisins. Nous nous sommes entretenus avec Sayed, un jeune arabe israélien, habitant la ville de Jaffa au sud de Tel-Aviv, qui nous fait partager son quotidien teinté de crise identitaire.

Il rêve d’un Luther King du Proche-Orient. D’un pacificateur charismatique qui rassemblerait les israéliens et les palestiniens, les oppressés et les oppresseurs, pour réapprendre le « vivre-ensemble ». Il s’appelle Sayed et fait partie de ces 20% d’israéliens d’origine palestinienne. « Je suis né en Israël, à Tel-Aviv. Je suis donc palestinien d’origine, mais je suis né arabe israélien. J’ai la nationalité israélienne ». C’est le cas aujourd’hui de plus d’1,4 millions de personnes descendantes des 160.000 palestiniens restés sur leur terre après la création de l’État d’Israël en 1948. Ces arabes d’Israël ont officiellement les mêmes droits que leurs compatriotes juifs, mais cristallisent le sentiment anti arabe qui s’amplifie depuis le début du conflit israélo-palestinien.

D’ailleurs, Moshe Arens, un grand ponte de la droite israélienne s’est attiré les foudres de son camp en dénonçant la « recrudescence de sentiments répugnants qui sommeillent en temps normal mais ont tendance à refaire surface en période de tension : l’antisémitisme dans un certain nombre de pays européens et l’arabophobie à l’encontre des citoyens arabes d’Israël ». L’ancien Ministre des Affaires étrangères et de la défense qui s’est offert une tribune dans le journal Haaretz mi-août a remis en lumière cette vie non rêvée d’un arabe israélien.

« Dans la rue j’évite de parler arabe »

Les événements des derniers mois a attisé de années de crispations et déclenché de plus en plus d’actes de haine entre la majorité juive et la minorité arabe.

« J’ai des amis juifs, j’en ai perdu aussi quelques uns depuis que la guerre a commencé. Mon coiffeur refuse de me couper les cheveux, les juifs refusent de fréquenter les restaurants arabes soit disant parce que les arabes supportent la cause palestinienne » nous raconte Sayed.

L’actuel ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, avait récemment appelé au boycott des commerces arabes qui ont participé à une grève de soutien à Gaza. En réponse, 67% des juifs ont déclaré qu’ils n’achèteront plus dans les magasins arabes ou dans les villes arabes selon un sondage publié dans le journal économique israélien Globes. Un fossé se creuse entre les deux populations et augmente le sentiment d’insécurité au sein de la population arabe d’Israël. Par peur de représailles, Sayed avoue ne parler que l’hébreu quand il est dehors. « Je fais attention dans la rue, j’évite de parler arabe pour ne pas être agressé. Mais bon, ce n’est rien comparé à ce que subissent les gazaouis ». Il décrit la discrimination qu’il ressent au quotidien telle une épée de Damoclès avec lequel il doit composer tous les jours, même en milieu professionnel. « La discrimination est partout. C’est au travail que j’entends les pires horreurs. Surtout que je suis le seul arabe dans une entreprise de 70 personnes ».

Et la jeunesse israélienne dans tout ça ? Sont-ils plus ouverts d’esprit, ce qui laisserait présager d’un avenir plus pacifique ? Sayed n’y croit plus trop. Selon lui, « la jeunesse israélienne suit la logique sioniste », ce raisonnement selon lequel les juifs du monde entier trouveront en Israël leur terre promise, une terre qui doit exclusivement être habitée par des juifs. Sayed parle d’une discrimination généralisée, envers les arabes mais aussi les autres peuples.

« Ici, il n’ya pas que nous arabes qui sommes discriminés. Les éthiopiens, les russes, les asiatiques, tous connaissent le même sort. Ils ne sont acceptés que s’ils sont juifs ». Le jeune homme, qui pourtant est le symbole même de l’interaction nécessaire entre israéliens et palestiniens, reste pessimiste sur le conflit. « Je pense que ça ne va jamais se résoudre. Les gens, et dans les deux camps, choisissent de voir les mauvais côtés de chacun. Il n’y a pas de compréhension et les gens deviennent de plus en plus hostiles ». C’est l’histoire d’un éternel recommencement.

NDLR : Le nom du témoin a été changé pour des raisons de confidentialité

Marie Hélène SYLVA
©Oeildafrique.com

[wp_ad_camp_3]

Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


Tags assigned to this article:
arabeIsraëlTel-Aviv

Related Articles

Nicolas Sarkozy a offert plus de 41 000 dollars de cadeaux à Obama

L’ancien président français Nicolas Sarkozy a offert pour plus de 41 000 dollars de cadeaux à son homologue Barack Obama

Aide du Maroc pour trouver le Belgo-Marocain Abaaoud, le roi reçu par Hollande

[wp_ad_camp_5] Un renseignement marocain a contribué à mettre les enquêteurs français sur la piste du Belgo-Marocain Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé

France: fusillade sur les Champs-Elysées, un policier tué, l’assaillant « abattu »

[GARD align= »center »] Un policier a été tué et deux autres blessés jeudi soir lors d’une fusillade sur la célèbre avenue

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*