Syrie : isolement, agacement

Syrie : isolement, agacement
Syrie

Manifestations antigouvernementales dans les rues de Bab Saaba, près de Homs, le 30 décembre dernier. | Photo Reuters

Dix huit mois déjà que dure la guerre en Syrie, entre un pouvoir acculé à la défensive mais déterminé à ne pas lâcher prise et une opposition armée dont l’ambition d’en découdre est à la mesure des sacrifices qu’elle endure ou qu’elle et l’autre camp font endurer à la population. Depuis lors, la crainte des puissances occidentales et des pays limitrophes était de voir ce conflit s’internationaliser. Peut-être la première alerte d’un éventuel embrasement généralisé vient-elle d’être donnée avec l’escalade observée la semaine dernière à la frontière syro-turque.

Cinq civils tués en Turquie, le 3 octobre, suite aux tirs d’obus venus de Syrie, puis une riposte vigoureuse trois jours de suite du voisin qui a usé de toute sa puissance de feu au nom de la légitime défense. « Trop c’est trop » protestait le gouvernement du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, avant d’appliquer la réciprocité. Au résultat, tout en présentant ses excuses pour ce qui est arrivé, Damas déplorait de « nombreuses pertes » parmi ses soldats visés par des bombes turques. Ankara ne s’est pas arrêtée en si bon chemin, son aviation s’étant attaqué dans le même temps à plusieurs cibles stratégiques syriennes le long de la frontière. Argument supplémentaire pour davantage effrayer l’adversaire, la Turquie saisissait aussitôt ses alliés de l’OTAN.

Dans cette région sensible du Proche-Orient que l’on pourrait volontiers assimiler à la prunelle des yeux du monde, les réactions se sont enchaînées à la vitesse de l’éclair. Le ton des alliés d’Ankara était sans équivoque: pour La France, l’acte posé par la Syrie « constitue une menace sérieuse à la paix » ; les Etats-Unis d’Amérique y voyaient «un exemple du comportement dévoyé » du pouvoir syrien ; au même titre que l’Onu l’Union européenne enjoignait Damas à «cesser toute violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de ses voisins ».

C’est indéniable, la sympathie des alliés envers la Turquie était forte, hallucinante, tellement qu’il n’y aurait pas meilleur argument pour quantifier l’isolement dont la Syrie est confrontée aujourd’hui sur la scène internationale. Des déclarations entendues il n’était nullement fait allusion à la riposte à peu près disproportionnée de la Turquie. Bien au contraire il transparaissait une impatience mêlée d’agacement de la part de ceux qui se sont exprimés. Comme si dans l’option inespérée de donner un coup de grâce à ce qui reste de la légitimité publique à Damas, il manquait seulement quelqu’un pour déclarer la guerre.

Plus, en effet, le conflit s’éternise, plus les appuis en faveur de l’un et l’autre camp seront déterminants. Le régime de Damas compte désormais ses inconditionnels extérieurs sur le bout des doigts. Il est conscient du rôle que jouent la Russie et la Chine à l’Onu pour contrecarrer les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne). Il se satisfait de l’attachement jusque-là indéfectible de l’Iran. Mais il sait que son puissant voisin du Nord, la Turquie, est de tous les pays qui l’entourent celui d’où peut partir l’incident fatal.

A la différence de l’Iraq à l’Est, de la Jordanie au Sud, du Liban à l’Ouest, d’Israël tout à côté du Liban, ou encore de la Cisjordanie en territoire palestinien, la Turquie est le voisin qui parait n’avoir rien à perdre immédiatement au cas où un changement de régime se produirait en Syrie. La soudaine remontée de tension entre les deux pays participe, peut-être, d’une diversion réciproque dont on ne sauvait prévoir les tenants et aboutissants.

Au vu de ce qui se passe sur le terrain le gouvernement de Bachar Al Assad est loin d’avoir épuisé ses stocks d’armes et de munitions. On peut cependant se poser la question de savoir jusqu’à quand il tiendra. Même si, en effet, des forces étrangères ne sont pas officiellement signalées du côté de l’insurrection, les appuis extérieurs à la rébellion syrienne peuvent être nombreux. La stratégie de l’usure mise en œuvre depuis est chaque jour consolidée, afin d’obtenir la chute du régime du fait des insurgés.

C’est pourquoi, ce quelqu’un qui annoncerait la chute de Damas pourrait venir de l’intérieur même de la Syrie. Le pays est isolé du reste du monde, le régime est si exposé qu’il pourrait payer cher l’agacement des puissances extérieures. Qu’elles lui soient alliées ou non ces puissances sont aujourd’hui réellement agacées par cette guerre interminable. On ne peut pas dire qu’elles écoutent avec délectation le récit quotidien de la mort de dizaines et de centaines de civils syriens.

Gankama N’Siah

 


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