Tahéruka Shabazz, candidat aux prochaines élections présidentielles en Centrafrique

Tahéruka Shabazz, candidat aux prochaines élections présidentielles en Centrafrique

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Le président du parti du renouveau panafricain en république centrafricaine, Tahéruka Shabazz a répondu à nos questions et présenté son projet pour changer la Centrafrique. Pour se faire, il se lance dans la course pour les futures élections présidentielles.

 

Shabazz

Tahéruka Shabazz

Oeil d’Afrique: Vous êtes président du Parti du Renouveau Panafricain en République Centrafricaine, mais les initiés vous connaissent depuis déjà quelques années en tant que membre fondateur de l’Ecole Magistrale Shabazziya, écrivain, physicien, chroniqueur radio un temps sur la radio Afro-Insolent qui fut animée par l’activiste Kémi Séba. Vous êtes également connu en tant qu’investisseur agricole au Sénégal dans la région de Fatick. Pouvez-vous, pour éclaircir nos lecteurs en quelques grandes lignes, définir l’homme que vous êtes et votre parcours ? 

Tahéruka Shabazz: Tout d’abord merci de m’ouvrir les portes de votre média qui est aujourd’hui une plateforme reconnue pour son travail, son sérieux et sa pertinence. Pour ceux des lecteurs et lectrices qui ne me connaissent pas, je suis, en effet, comme vous le souligniez un Africain natif du Contient-Mère plus précisément du village de Dékoa du temps de l’Empire centrafricain, en 1978. J’y ai grandi près d’une dizaine d’année avant de suivre mes parents en France avec mon puiné. C’est effectivement en France que j’ai fais mes classes où j’ai reçu une formation académique en physique des milieux diphasiques et une formation didactique en sciences humaines. C’est également en France que j’ai signé mes premiers engagements politiques dans mon adolescence où j’assistais logistiquement mon père qui était responsable Europe d’un grand parti centrafricain dans les années 1990. J’étais en effet le « caméran » de ses réunions politiques. C’est toujours sous la supervision de mon père que j’ai pour la première posé un acte concret envers l’Afrique, non pas en envoyant du riz aux Africains mais des livres que nous avons pris le soin de récupérer dans les établissements scolaires du sud-ouest de la France –plus de deux tonnes de livres. Après mes études et quelques années d’enseignement dans la région de Pau (sud-ouest de la France) où j’ai gardé de bons souvenirs de ce noble métier avec des collègues de travail comme mon compatriote Gatien, je me suis lancé dans le militantisme panafricain, et ce pendant une dizaine d’année. J’étais alors un des deux conseillers de Kémi Séba qui était la figure de proue française de ce nouveau courant au sein de la diaspora. Parallèlement à ça, je développais mes idées à travers mes articles, mes prises de position, mes ouvrages. La finalité de mon engagement militant en France a toujours été le retour sur la terre-mère pour perpétuer la tradition initiée par nos devanciers panafricains du 19ème siècle. 

Après une première tentative avortée en 2009 à cause de notre arrestation et placement sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire français, je suis parvenu, après Kémi Séba, à m’extirper « clandestinement » de la France pour apporter ma contribution à l’édification d’une Afrique nouvelle. Une fois sur place, j’ai en effet animé une émission hebdomadaire sur la plateforme en ligne Blogtalk Radio pour sensibiliser nos frères et sœurs sur la question cruciale de l’économie et du rôle centrale qu’elle joue dans les relations internationales. J’ai tenté à mon modeste niveau de donner quelques clés de compréhension pour faciliter le choix des auditeurs dans ce monde mouvant où l’incertitude semble devenir la seule certitude, surtout en Occident. Parce que le cours magistral ne suffisant pas, la démonstration, l’application à mon sens était plus à même d’édifier les gens. Je me suis alors lancé dans l’activité agro-alimentaire notamment à travers la culture de champ maraîcher et la transformation de poisson salé avec plus ou moins de succès. Car vous savez les règles ici en Afrique sont très rudes, et il faut avoir les reins solides pour supporter les coups bas. Mais dans tout mon parcours j’ai toujours tenu à ne pas perdre de vue la dimension pratique, réaliste, pragmatique du panafricanisme qui ne devait plus rester à l’état de discours mais devait se vivre, s’incarner aussi bien à travers le prisme de l’universitaire, de l’écrivain, de l’entrepreneur, que du politicien.

Votre trajectoire ressemble à celle de beaucoup d’autres hommes et femmes de votre génération nées en Afrique mais ayant atterri en Europe (en France pour votre cas) à cause des circonstances géopolitiques troublées du Continent. Et comme beaucoup de ces Africains, après quelques décennies et de longues réflexions, vous vous êtes décidé à rentrer sur la terre-mère. Comment, dans votre cas, le retour s’est il organisé et nourri ? Sur quels axes s’est fait prioritairement votre décision qui, comme on le sait, n’est pas des plus aisées lorsque l’on quitte le confort relatif que procurent les pays développés ? 

Tahéruka Shabazz: Mon départ de la France ne doit en aucun être un exemple pour celles et ceux qui souhaitent rentrer définitivement en Afrique. Car les conditions particulières (politiques, NDLR) qui ont présidé à celui-ci n’ont pas favorisé une préparation optimale. Si je devais donner un conseil à mes frères et sœurs d’Occident qui me lisent à travers Œil d’Afrique, je leurs dirais de bien préparer ce voyage, au moins deux ans à l’avance, de prendre le soin d’aller voir sur place, dans le pays où ils souhaitent s’installer. Pour ma part, c’est ma vision politique et les impératifs de ce choix de vie qui ont conditionné mon départ pour le Sénégal en 2011. Ce départ était annoncé et revendiqué depuis des années et devait marquer le parachèvement de mes activités en France pour ouvrir la voie à un nouveau chapitre de ma vie. En vérité, je n’ai pas eu beaucoup de problèmes à me détacher du confort tout relatif de la France pour plusieurs raisons.

Depuis mon arrivée en France en 1986, mes parents ne m’ont jamais éduqué comme un Français, donc pour moi c’était évident que la France était un passage. Cela m’a facilité les choses car je ne souffrais pas comme d’autre de ce problème de reconnaissance d’une soi-disant identité française que j’aurais acquise, puisque c’est quelque chose que je n’ai jamais revendiqué ou même ressenti. J’étais bien sûr conscient que mon expérience en France me différenciait de mes amis restés au village, mais je prenais cela comme un plus et non comme une identité différente. Je m’étais déjà préparé au choc psychologique qu’induirait cette expérience occidentale vis-à-vis des frères et sœurs du Continent. Deuxièmement, je n’ai jamais connu le confort dont on vante tant les mérites en France. Bien que mon père fusse enseignant en chimie physique, nous avons toujours vécu dans les ghettos français. Et je peux vous dire que certains ghettos d’Afrique sont plus salubres que ceux de France. Ca peut paraître étrange, mais je trouve que c’est plus confortable d’habiter Scat Urbam à Dakar, Cité Gabon à Rufisque, Cité Harlem à Nguekokh ou encore Quartier Sérère à Sangalkam que Stain (93), les Aubiers (33), le Mirail (31) ou encore Ousse des Bois (64).

Aviez vous déjà envisagé à faire de la politique dans votre pays ? Et quand cela à t-il vraiment mûri? Sachant que vous n’aviez aucune empreinte ou relais établis depuis longtemps en Centrafrique quand on sait comment fonctionne la politique sur le continent où il faut nécessairement avoir une assise locale mais aussi de gros moyens (financiers, logistiques, humains) et plus ou moins un ancrage international avec ces pays dites « grandes puissances » qui vous apportent plus ou moins leur caution ! 

Tahéruka Shabazz: A défaut d’être génétique, je dirais que la politique m’est congénitale. Sauf que je ne comptais pas particulièrement faire de la politique dans mon pays de naissance, la Centrafrique. Ma vision panafricaine me fait sentir partout chez moi dans tous les pays africains du Content-Mère et de sa Diaspora. Ce sont les caprices de l’Histoire qui m’ont fait remonter le courant jusqu’à mon lieu de naissance, tel un saumon.

Maintenant quant au fonctionnement de la politique en Afrique, il y a le « dit » et le « non-dit », le « caché » et le « visible ». En 2014, la manière de faire la politique de nos devanciers ne tient plus la route. L’ancrage n’a plus le même sens qu’hier. Regardez comme sont contestés les barons de la politique partout en Afrique. L’Afrique est en ébullition et ce serait une erreur de croire qu’il y aurait des votes acquis. Ceux qui ont acheté des voix devront débourser encore plus pour espérer un retour de l’ascenseur et cela sans la garantie de gagner, car les mentalités africaines sont en mouvement. La jeunesse ne se satisfait plus de l’indigence intellectuelle de son personnelle politique. Elle veut des hommes et des femmes politiques qui incarnent une nouvelle vision ou plus justement une vision renouvelée plus en phase avec  justement les principes panafricains que nous représentons. Quand vous êtes dans ces dispositions mentales, intellectuelles qui s’accordent avec les aspirations de la jeunesse, vous avez déjà fait un grand pas. Car tous ceux des hommes et femmes politiques africains qui recherchent le quitus occidental sont vu comme des laquais.

Quant à la question du financement de la politique c’est la variable d’ajustement la moins casse-tête de l’équation. Les investisseurs qui veulent une part du gâteau africain sont légions, ils viennent de partout. Vraiment le volet le plus difficile c’est la vision. Celles et ceux qui n’ont pas la vision, quels que soit leurs soutiens occidentaux ou la taille de leur coffres-forts, mourront politiquement dans cette nouvelle configuration africaine.

Revenons sur la Centrafrique. Voila un pays qui traverse bien des turpitudes depuis son indépendance dans les années 1960. L’ex-Oubangui-Chari contrairement à beaucoup de ses voisins en Afrique centrale n’a presque pas connu de période de calme où pouvait se développer pour le bien de sa faible population ce qu’un Etat digne de ce nom doit fournir à sa population. A contrario s’y est plutôt développé un phénomène de déliquescence de l’Etat avec ses nombreux coups d’Etats, une crise institutionnelle, la dégradation du lien social et le phénomène de l’interventionnisme à outrance de l’ex-métropole qu’est la France dans ses affaires internes ! Quel bilan vous inspire votre pays depuis l’indépendance ? 

Tahéruka Shabazz: Vous savez j’aime beaucoup faire appelle à la froideur quant il s’agit d’expliquer les échecs qui nous incombent prioritairement. Car la Centrafrique n’est ni plus ni moins que le plus grand échec de la post-colonie sous climat politique français. Si vous prenez la liste des présidents centrafricains depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui vous remarquerez qu’elle respecte une loi qui pose qu’à un militaire succède un civil et vice versa : le 1er président post-indépendance est un civil, David Dacko qui est démis de ses fonctions par un militaire, Bokassa, avant d’être chassé par un civil, David Dacko, qui lui-même cède le pouvoir à un militaire, André Kolingba, dont le pouvoir lui échappe au profit d’un civi,l Ange-Félix Patassé, qui s’est fait doublé par un militaire, François Bozizé, qui subit la loi de l’alternance face à un civil, Michel Djotodia. Cette loi est la marque même de l’instabilité politique et vous comprenez alors que le chaos d’aujourd’hui était en gésine depuis plus de cinquante ans. Dans de telles conditions, il est impossible de construire quoique ce soit de solide, de pérenne en termes d’institutions, d’infrastructures, de société civilisée. Associée à cela une myopie intellectuelle de la classe politique habituée à l’assistanat permanent de la France, vous saisissez aisément que le marasme centrafricain était prévisible depuis cinq décennies et ce malgré la richesse du sol et du sous-sol. D’où l’urgence pour ce pays de résoudre ce problème du manque de leadership et d’absence totale de vision de ses élites.


Nous avions vu, depuis l’avènement de la rébellion Séléka avec la destitution du Général François Bozizé, lui-même tombeur de feu le Président Ange-Félix Patassé, les événements s’accélérent avec l’arrivée de ce mouvement rebelle, dont M. Djotodia fut le représentant. Que vous inspire ces événements et que pensez-vous de l’action de la France depuis le déclenchement de l’opération Sangaris qui a vu finalement M. Djotodia contraint à la démission pour laisser la place à Mme Catherine Samba-Panza ? 

Tahéruka Shabazz: S’il est vrai les victimes de ce chaos sont les populations centrafricaines dans leur totalité, les miliciens et autres groupes armés sont les dindons de la farce. Et je parle en connaissance de cause pour avoir été un acteur d’un début de dialogue inter-centrafricain où j’ai eu à proposer au nom du PRP, aussi bien aux autorités centrafricaines notamment à la ministre de la communication et de la réconciliation nationale Madame Antoinette Montaigne qu’aux différents représentants des milices armés (Séléka et Anti-Balak), des solutions de sortie de crise. Or si vous observez bien les mouvements généraux en Afrique depuis le Golfe de Guinée jusqu’au Golfe du Mozambique, vous y verrez une sorte de « couloir de crise » qui dépasse de loin le cas du conflit intra-centrafricain entre Séléka et Anti-Balaka pour embrasser toute la géopolitique de l’Afrique d’est en ouest. Les forces sécessionnistes prennent de plus en plus d’ampleur dans ce fameux « couloir de crise » : au Nigéria, en RDC, en Centrafrique, au Cameroun et même au Congo-Brazzaville.

Au Soudan c’est déjà réalisé.  Et dans chacun des cas c’est souvent la méthode du conflit religieux qui est employée et mise en avant. Ainsi dans le cadre des objectifs « officiels » fixés par le président français François Hollande l’Opération Sangaris,  du nom d’un papillon éphémère vivant en Centrafrique, est un échec complet. Rappelons que l’Opération Sangaris ne devait pas dépasser les quatre mois ; devait être supporté par d’autres pays européens ; devait désarmer tous les groupes de miliciens ; devait se déployer dans toute l’étendue du territoire centrafricain avec seulement 2000 hommes (sic). Or manifestement sur tous ces points précités l’Opération Sangaris semble avoir  lamentablement échoué. Mais si l’on lit l’Opération Sangaris du point de vue de notre théorie du « couloir de crise », elle est (pour le moment) une victoire pour les stratèges français alignés sur un schéma de remodélisation de l’Afrique centrale après les cent et quelques années qu’auront duré les accords du Traité de Berlin en 1885. Avec le travail de l’Opération Sangaris, l’idée de la partition a été introduite, puis a fait son chemin ; ses défenseurs sont légitimés puisqu’ils participent aux concertations internationales et paraphent mêmes des traités internationaux de « paix » (sic), et les positions géographiques occupées par les milices armées seront avalisées dans les faits par les troupes françaises de la Sangaris.

Le bouquet final sera à n’en pas douter la prévisible légitimation d’un nouvel Etat à créer au nord-est de la RCA au prétexte de l’incapacité des populations centrafricaines à vivre ensemble. Donc comme le voyez les populations centrafricaines sont les éternels victimes de cette guerre, les miliciens armés les dindons de la farce et les Français les dignes héritiers de la troisième république et son idéologie colonialiste qui se manifeste du Nigéria aux Comores en passant la RCA et la Somalie.

Vous êtes un parti panafricain mais cela ne suffit pas pour régler les nombreux problèmes auxquels sont confrontés vos compatriotes. Si le PRP arrive demain aux affaires et que les Centrafricains vous font confiance comment allez vous procéder pour réconcilier le peuple? Sur quel programme allez-vous vous engager pour redonner du travail à vos concitoyens et comment allez vous faire revenir ceux de vos compatriotes de l’étranger qui ne croient plus en leur pays ? 

Tahéruka Shabazz: Effectivement si l’on se fonde sur le panafricanisme d’un Henry Sylvester Williams ou d’un William Edward Burghardt Du Bois pour résoudre les problèmes que rencontrent l’Afrique et sa Diaspora en 2014, cela ne sera pas suffisant, je suis d’accord avec vous. Cependant, la doctrine panafricaine adoptée par le Parti du Renouveau Panafricain (PRP) est bien définie, il s’agit du « Géo-Panafricanisme d’Expansion » dont nous avons déjà formulé les grandes lignes dans notre ouvrage « Les écrits du Maître ». Nous allons réconcilier la Nation centrafricaine sur les bases de notre doctrine panafricaine qui place l’humain au cœur des débats, au centre de nos préoccupations contrairement aux politiciens myopes qui n’ont de yeux que pour les matières premières et ne considèrent la vie humain, le capital humain que comme une simple variable d’ajustement. Aussi, nous ne sommes pas de ceux qui ont un programme électoraliste ; pour nous, c’est bien plus que cela que nous proposons, il s’agit d’un projet de société, d’une vision civilisationnelle qui par définition englobe tous les aspects de la vie sur une échelle de temps beaucoup plus longue que les simples mandats politiques. 

Notre doctrine économique, le khépérisme, nous commande créer des emplois dans les domaines à fort potentiel de main d’œuvre comme l’agriculture (culture, élevage, pêche) et les travaux publics. Vu la situation du pays, une politique des grands chantiers est de rigueur. Il s’agira de désenclaver la RCA de l’intérieur pour libérer les forces créatrices et fluidifier la circulation des hommes et des biens, mais aussi de désenclaver la RCA de l’extérieur afin d’accélérer son intégration économique à son environnement immédiat. En clair, cela signifie que nos diversifierons les axes de ravitaillement et d’exportation qui sont hyper-concentrés sur la portion routière Bangui-Douala, pour davantage développer la voie fluviale Bangui-Kinshasa-Matadi qui nous relie aux marchés internationaux via l’Atlantique et l’axe de ferroutage Bangui-Nyala-Port Soudan qui nous donnerait accès à la Mer Rouge et tous les pays d’Asie. Il s’agit pour nous aussi d’utiliser l’outil financier à bon escient, car il est pour l’heure sous-estimé voire totalement ignoré par les autorités en place. Pour notre part nous sommes de fervents partisans du crédit productif pour doper l’économie nationale en appuyant et consolidant la position des PME-PMI dans le tissu socio-économique centrafricain. Cette vision stratégique s’accompagne de mesures fiscales incitatives et intelligentes pour la création entrepreneuriale et protectrice pour la production locale. Certains de l’efficacité de méthodes éprouvées comme la celle du « vol des oies sauvages » qui a grandement contribué à l’essor de l’économie japonaise, par exemple, nous avons l’ambition de mettre sur orbite l’économie centrafricaine avec notre doctrine économique panafricaine khépériste

Evidemment, nous ne pourrions pas développer ni dérouler ici toute notre panoplie économico-industrielle mais se sont là quelques exemples représentatifs de ce que nous préparons pour le décollage de la Centrafrique. Pour ce qui est de la question des déplacés, nous avons déjà un début de réponse avec ces personnes qui tentent des retours sur Bangui après avoir fuit en RDC, au Cameroun, au Congo ou encore au Tchad, à la faveur d’une accalmie dans la capitale. C’est donc que l’amour du pays n’est pas si éteint que ça malgré la tragédie que nous vivons. Le retour général à la paix est le meilleur catalyseur du retour des réfugiés car tous les Centrafricains ont hâte de tourner la page de cet épisode cauchemardesque dans lequel ils sont aujourd’hui plongés. Aussi longue soit la nuit, le jour vient toujours aimait à dire Ahmadou Kourouma. C’est aussi dans cette logique que nous nous inscrivons.

La Centrafrique qui est au cœur du continent connait trois phénomènes que l’on a vu dans trois autres pays du continent. Il y a d’abord le phénomène de la congolisation de la Centrafrique avec l’avènement de groupes rebelles qui se montent les un après les autres. matin, font le coup de feu et revendiquent des avantages pour les leurs, qui, s’ils ne sont pas satisfaits menacent de faire sécession en prenant de larges partis du territoire en otage. Puis il y a le phénomène de la soudanisation avec un Nord qui se revendique musulman et un Sud chrétien qui confirme une fracture qui pourtant était inconnu en Centrafrique qui a toujours été un pays tolérant les différences. Et enfin il y a une ivoirisation de ce pays avec l’apparition de l’ethnicisation et du tribalisme au sommet de l’Etat ! Comment sortir de l’impasse actuelle, et en quoi le panafricanisme peut il aider à briser les chaines de la division ?

Tahéruka Shabazz: Ces trois maux géopolitiques qui ont fait leur nid en territoire centrafricain appartiennent à une certaine ligne idéologique qui pose que la remodélisation de la géopolitique de l’Afrique centrale passe par ce que les stratèges de l’OTAN appellent le « chaos destructeur » qui à son tour devient un « chaos créateur » des conditions de redéfinition des cartes. Pour parvenir à une telle situation les forces obscurantistes occidentales ont recours à plusieurs stratégies, plusieurs doctrines dont celles de l’arc-de crise (de l’Atlantique à l’océan indien comme le disait Sarkozy en 2009), du Plan Yinon (dont la Somalie et le Soudan sont les parfaits exemples), du plan Cohen (pour la région des Grands Lacs) ou encore de la doctrine israélienne de l’alliance de la périphérie (Corne de l’Afrique), qui, tous répondent à l’impératif du « diviser pour vaincre ». Le Lieutenant-colonel américain Ralph Peters, retraité de l’Académie Nationale de Guerre, ne disait-il pas déjà en 2006 dans son article « Blood borders: How a better Middle East would look » que 

« les frontières internationales ne sont jamais tout à fait justes. Mais le degré d’injustice qu’elles infligent à ceux qu’elles forcent à se regrouper ou à se séparer fait une énorme différence — souvent la différence entre la liberté et l’oppression, la tolérance et la barbarie, l’autorité de la loi et le terrorisme, ou même la paix et la guerre. Les frontières les plus arbitraires et les plus dénaturées du monde sont en Afrique et au Moyen-Orient. (…) Nous avons affaire à des difformités colossales créées par l’homme, qui ne cesseront d’engendrer haine et violence tant qu’elles ne seront pas corrigées » ?

Avec ces éléments qui placent la Centrafrique au cœur de la tectonique des plaques géopolitiques des stratèges de l’OTAN, vous comprenez aisément qu’il n’y a plus de place pour les lectures enfantines, faibles et périmées comme ont coutume de faire les grands partis de gouvernement centrafricains. Dans le paysage politique centrafricain seule le PRP propose une lecture froide et réelle de la situation du pays. Or comment proposer des solutions viables quand le diagnostique est déjà faussé ? Là où nos adversaires politiques proposent avec frénésie et une certaine indécence plus de France, plus d’UE, plus d’AFRICOM, nous préférons déployer une diplomatie nouvelle plus audacieuse qui s’articule autour de trois axes que nous aurons le temps de développer ultérieurement. Toujours est-il que nous disposons des outils intellectuels, grâce à notre option panafricaine, pour s’opposer efficacement aux coups de buttoir des forces obscurantistes qui instrumentalisent les groupes armées en Centrafrique. Sans oublier les ressources humaines et logistiques pour matérialiser cette nouvelle diplomatie centrafricaine que prône le PRP.

AFRIQUE : 

L’actualité c’est aussi le continent africain avec ces derniers temps ces phénomènes que sont ces groupes soient-disant salafistes qui gangrènent à son tour le Sud du Continent. On les a vus d’abord opérer au Maghreb puis doucement descendre d’abord en Somalie puis au Nord du Mali et en ce moment avec ce mystérieux groupuscule qui se nomme Boko Haram dont l’action la plus significative fut l’enlèvement de 200 filles au Nigéria ! Que pensez de tous ces phénomènes ? Cela vous inquiète t-il ? Et que peut faire le Continent pour combattre ces nouvelles formes de menace ? 

Tahéruka Shabazz: Quand nous sommes totalement démunis face à un phénomène, que nous ne le comprenons pas ou quand nous ne voyons pas d’issue à une situation ou un problème, effectivement nous sommes inquiets. Mais dans notre cas, est-ce que le phénomène Boko Haram nous est inexplicable ? En janvier 2012 le président nigérian Jonathan Goodluck reconnaissait publiquement l’implication de hauts membres de l’appareil d’Etat nigérian dans le soutien financier et logistique apporté au groupe Boko Haram. Pointant du doigt des éléments de l’appareil gouvernemental, législatif, judiciaire et militaire. Au-delà de l’origine de Boko Haram qui ne fait plus aucun doute et que nous avons épinglé à plusieurs reprise dans le passé, il est quand même question de volonté politique et de l’état de corruption de nos administrations africaines. Le degré de corruption est endémique, à toutes les échelles. Aucune guerre contre des mouvements terroristes ou rebelles ne peut oblitérer la question de la corruption qui est centrale. 

Pour les forces obscurantistes de l’intérieur comme de l’extérieur qui profitent de ce statu quo macabre, l’irruption de Boko Haram et ses opérations meurtrières jouent comme un 11 Septembre à l’africaine qui justifiera indubitablement toutes les interventions extérieures des éléments de l’OTAN et de l’AFRICOM pour continuer à opérer dans la ce « couloir de crise » qui part du Golfe de Guinée pour s’achever dans le Golfe du Mozambique et que nous dénoncions précédemment. Et dans le même temps ce 11 Septembre à l’africaine que constitue le phénomène Boko Haram permet à ces forces obscurantistes occidentales de se donner les moyens d’écarter la Chine de l’Afrique en justifiant auprès de leurs opinions publiques cette guerre contre le « terrorisme » en Afrique qui menacerait dans ses fondements la civilisation occidentale. Et je m’étonne que les observateurs africains avertis ne voient pas le jeu macabre auquel se prête l’Etat français qui, après avoir échoué dans la guerre du Biafra en 1967-1970, tente plus de quarante ans plus tard un retour au Nigéria avec le dossier Boko Haram qui sonne comme une aubaine pour les stratèges français de l’Elysée et du Quai d’Orsay. C’est vrai inflexion de la diplomatie française vers la déstabilisation du Nigéria avait déjà commencé sous Jacques Chirac et encore plus sous Sarkozy avec des ministres des affaires étrangères dangereux pour l’Afrique comme Alain Juppé.

Si nous autres Africains voulons mettre fin à tout ça, il n’y a pas mille et une solutions. Il n’y en a qu’une : la reformulation complète du modèle politique africain et le renouvellement de notre personnel politique qui est pieds et poings liés au schéma actuellement en vigueur et qui présente l’Afrique en proie facile offerte aux prédateurs extérieurs et intérieurs. Vous voyez alors toute l’urgence de l’option panafricaine ; c’est une question de vie ou de mort. Les Département des Affaires Etrangères des pays africains comme nos centres de recherche sur les Relations Internationales ne doivent plus échapper aux panafricains, auquel cas nous allons tous plonger.


Le continent fait face depuis quelques semaines à l’apparition sur son flanc ouest de ce virus que pourtant nous connaissions ici en Afrique centrale depuis des décennies qui et porte le nom de ce village situé en RDC qu’est « ébola ». Où selon vous s’arrête le vrai et ou y a t-il de la paranoïa ; et plus concrètement que faire pour que l’Afrique ait des services de santé capable de faire face à ces menaces ? 

Tahéruka Shabazz: A notre niveau, nous n’en sommes plus à nous demander s’il existe ou non une guerre bactériologique contre nos populations africaines du Continent et de la Diaspora. C’est une évidence, nul besoin de gloser là-dessus. En avril dernier j’étais avec des étudiants guinéens de l’Université du Sahel à Dakar où il était question de la fulgurance du virus Ebola dont le taux de mortalité était foudroyant. A l’époque sur un peu moins de 120 cas guinéen signalés, on enregistrait plus de 105 décès. Imaginez-vous un taux de mortalité de l’ordre de 88%, c’est tout simplement sidérant. Ce sont essentiellement les armes bactériologiques qui peuvent atteindre de telles extrémités. A l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le Pr Keiji Fukuda, spécialiste épidémiologiste en pandémies et sous-directeur de l’organisme onusien de la santé reconnaissait comme nous que le rythme et l’ampleur de l’accélération de ce virus est tout simplement du jamais vu. Donc c’est faire injure à notre intelligence que de parler de paranoïa, nous sommes de plain-pied dans la réalité.

Une réalité atroce où une zone très densément peuplée de l’Afrique et qui suscite des convoitises prédatrices des forces obscurantistes occidentales (pétrole du Golfe de Guinée) doit faire face à un virus modifiée de telle sorte que son taux mortalité fauche mortellement neuf Africains sur dix affectés. Et surcroît on signale treize nouveau cas de personnes mortes du virus Ebola, d’une autre souche, dans la province de l’Equateur en République Démocratique du Congo. Les éléments du puzzle s’agencent petit à petit et mêmes les gens dupes pourront y voir clair. Mais de grâce, mettons en action afin qu’l ne soit pas trop tard. Nous avons déjà perdu inutilement trop de vies humaines dans cette guerre bactériologique contre l’Afrique.

Il y a un peu partout des élections qui approchent et dans beaucoup de pays se pose encore l’éternelle question du respect ou non de la constitution concernant les présidents en exercice. Comment faire pour qu’une fois pour toute on arrive à avoir des transitions pacifiques sur notre Continent ? 

Tahéruka Shabazz: Quand on compare la stabilité des régimes politiques africains, de prime abord on se rend compte que les monarchies africaines (Lesotho, Maroc et Swaziland) malgré leurs nombreuses turpitudes sont plus stables que les autres régimes en place qui ne sont rien d’autre que des variations du régime présidentiel qui se déploie sur une échelle allant du régime semi-présidentiel au présidentialisme pur, ce dernier cas représente de facto la majeur partie des options politiques de nos pays africains. Aussi je considère que l’instabilité inhérente aux Constitutions africaines est la conséquence directe du choix de ce régime présidentiel et de ses déclinaisons. Je considère que c’est une erreur au vu du degré d’éducation juridique faible des masses africaines que de nous enferrer dans ce régime politique. 

A défaut de rétablir les systèmes politiques exogènes qui ont montré leur efficacité et leur pérennité, l’adoption d’un régime parlementaire eu produit à mon sens moins de problème quant à la concentration des pouvoir dans les mains d’un seul individu. Mais pour revenir à la question de la modification des la Constitution ; en tant que légaliste comment m’opposer à une prérogative que donne la Constitution à ces présidents qui veulent se maintenir au pouvoir ? Supposons que l’on ait eu des présidents très appréciés par toute la population, s’il y avait une proposition de modifier la Constitution pour maintenir au pouvoir ces « bons présidents », est-ce que les gens protesteraient ? Je ne pense pas, pourtant c’est la même démarche juridique. C’est une possibilité que le législateur a laissé à nos présidents, du coup comment leurs en vouloir quand nous même n’avons pas fait preuve de vigilance ?

Donc au lieu de contester une disposition légale, mieux prendre acte et se préparer en conséquence. Car il ne faut pas se faire d’illusion, tous les présidents qui doivent changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir le feront. Mais ce n’est pas parce qu’ils modifient la Constitution qu’ils sont automatiquement élus. Car en vérité c’est là que tous se joue, que la protestation doit prendre son ampleur, pas ailleurs. Et après les élections, quelqu’en soit l’issue, je le répète il faut que nos Etats pensent très sérieusement à abandonner ces modèles politiques présidentiel, semi-présidentiel, présidentiel hybride et présidentialiste. A défaut de rétablir dans un premier temps un modèle politique endogène choisissons le plus stable, le moins inquiétant pour nous, à savoir le modèle parlementaire.

INTERNATIONALE : 

Il y a d’abord la situation géopolitique dans le caucase avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine et les tensions permanentes que cela cause avec l’Europe et les Etats-Unis. Il y également la situation au Proche et Moyen Orient sur d’abord l’éternel conflit israélo-palestinien mais aussi cette situation des plus étranges en Irak avec cet Etat islamique au Levant ! Enfin plus près de nous cette situation tragique que l’on voit aux Etats-Unis à Ferguson avec l’assassinat de Micheal Brown par un policier blanc qui jusqu’à présent n’est d’ailleurs toujours pas en prison et plus concrètement sur la déception de l’ère Obama ce président qui à suscité tant d’espoir à la communauté afro-américaine et plus globalement aux Noirs du monde entier. 

Tahéruka Shabazz: Vous savez toutes ces questions se recoupent. Au début du 20ème siècle un géo-stratège de l’Empire britannique du nom de Halford John MacKinder, considéré en Grande-Bretagne comme le père de la géostratégie et de la géopolitique occidentale, avait publié en 1904 un article fondateur titré « The geographical pivot of history » dans lequel il développait la thèse selon laquelle le monde serait constitué en trois entités : ce qu’il appelle l’ « Île-Monde » constituée des continents africain et eurasiatique et qui forme les deux douzièmes de la Terre, les « Îles-Périphériques » comme la Grande-Bretagne, le Japon, l’Australie ou encore les Amériques qui représentent un douzième de la surface terrestre et enfin l’ « Océan-Mondial » qui occupe neuf douzième du globe terrestre. Il précise que l’Île-Monde contient en elle une place stratégique qu’il appelle le « Heartland » dont les limites à l’ouest et à l’est sont respectivement l’Europe centrale et la Sibérie occidentale. Géographiquement parlant ce « Heartland » donne l’accès direct voire le contrôle sur la mer Méditerranée, le Moyen-Orient, la Chine et l’Asie du Sud. Et il formule cette idée selon laquelle « qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle l’Heartland; qui contrôle l’Heartland contrôle l’Île-Monde; qui contrôle l’Île-Monde contrôle le Monde ». Avec le contrôle du « Heartland » c’est la main mise sur 50% des ressources naturelles mondiales actuelles qui ont de la valeur. Vous saisissez aussi tôt le caractère primordial de la géographie pour un pouvoir fort. Aussi faut-il savoir que dans le contrôle de ce « Heartland » l’Ukraine est l’élément clé à savoir que la maitrise de Kiev est tout simplement condition sine qua non pour parvenir au contrôle complet du « Heartland » tel que défini par MacKinder. C’est bien ce qu’avait compris par exemple Hitler qui n’a pas manqué d’occuper durablement ce pays durant la seconde Guerre Mondiale. 

C’est là aussi le projet de l’Empire anglo-hollando-américain depuis la chute du mur de Berlin en 1889, qui marque la fin du monde défini par Bismarck et les impérialistes occidentaux comme le roi belge Baudoin Ier en 1885 lors de la Conférence de Berlin qui faisait suite à la Conférence Géographique de Bruxelles en 1876. Ainsi la tête de pont de l’impérialisme anglo-hollando-américain veut attirer l’union Européenne vers sa destruction, qui de toute façon est inéluctable. Nous assistons actuellement à une guerre qui conduira dans tous les cas à la fin de la civilisation européenne et de l’autre côté soit à la fin de l’Empire anglo-hollandais dont le bras armé sont les Etats-Unis d’Amérique ou alors à la fin avortée de l’axe Moscou-Pékin. Et du point de vue panafricain, je dois vous avouer que la chute de l’Europe n’est pas sans nous déplaire vu le pouvoir destructeur de sa politique en matière de relations internationales vis-à-vis de nous autres Africains. Lors d’une colloque donnée le 3 juillet dernier à l’Académie de Géopolitique de Paris sur le thème « Quel avenir pour l’Ukraine », l’officier général français Henri Paris rappelait que les forces de l’OTAN qui soutiennent cette agression envers la Russie en tentant d’arracher l’Ukraine n’avaient pas les moyens militaires de faire le poids face au duo Russie-Chine, car précise-t-il, le redéploiement des forces otaniennes vers l’Asie-Pacifique a eu pour conséquence de priver la Méditerranée de porte-avion de l’OTAN. De surcroît la dernière génération des missiles russes Topol est capable de percer le bouclier anti-missile des États-Unis. Pour le Général Henri Paris, le combat est déjà perdu d’avance pour l’Europe, bien sûr, mais aussi pour l’Empire anglo-hollandais et son bras armé les USA. Même si cela débouche sur guerre ouverte entre ces deux blocs, nous autres Africains avec une bonne lecture et de bonnes décisions devons tirer notre épingle du jeu.

C’est de cela dont il retourne également avec le cas des groupes terroristes Daech (EIIL, ISIS en anglais) et d’al Nosra ainsi qu’avec l’Etat terroriste Israël. Souvenons-nous de cette déclaration attribuée au groupe Daech et son califat imaginaire qui déclarait que « dans le saint Coran, Allah ne nous a ordonné de combattre Israël ou les juifs qu’après avoir combattu les renégats et les hypocrites ». Assez limpide, n’est-ce pas ? D’autant plus quand on voit les membres de groupe terroristes Daech bruler publiquement le drapeau palestinien. On comprend qui roule avec qui, dans l’intérêt de qui. Quant à Israël, cet Etat anglo-hollandais créé de toute pièce dans cette zone de l’Afrique du nord-est pour contrôler le canal de Suez donc les 80% du flux maritime vers l’Europe, son background en Afrique est suffisamment parlant pour nous éviter de dire tout le mal objectif que l’on en pense. Mais cet Etat tombera comme ses sponsors anglo-hollandais. Ces « pauvres » populations blanches khazaro-ashkenazis et khzaro-séfaradis converties au judaïsme au 10ème siècle et qui se croient frauduleusement être le « peuple élu », si ce n’est par la couronne anglaise, vont subir les errements de leurs chefs soumis au diktat de Londres. Car tout cela va finir mal pour eux.

Deux choses m’ont marqué dans l’affaire du meurtre du jeune Michael Brown, victime de la police du Klu Klux Klan à Ferguson (Missouri). Premièrement le fait que la collecte d’argent en faveur de l’assassin ai produit plus de résultat que celle organisée en faveur du jeune Brown. Deuxièmement, le fait que l’Attorney Général (ministre  de la justice des USA) Eric Holder, un habitué des scandales publics, ait été mise en cause par un chef de gang de Ferguson qui l’accuse de les avoir incité à créer des émeutes. Ces deux éléments montre bien l’état de santé social de ce grand corps malade que sont les USA. Je m’étonne que les gens soient étonnés de l’issue des choses à Ferguson, une ville dont la police a l’habitude depuis longtemps d’abattre froidement les « Nègres » sans plus de cérémoniel. Depuis dix ans cette police assassine des Noirs sans jamais être inquiétée, rappelons-nous du cas de Cary Ball Jr. que la police de Saint-Louis (Missouri) a tué de 25 balles dans le corps.

Donc l’Amérique d’Obama n’est pas différente de l’Amérique de Bush Jr. Si les Africains se sont pris à rêver avec l’avènement de l’administration Obama en 2008, il ne faut pas oublier que quand on rêve c’est parce qu’on est endormi. Pour nous autres panafricains lucides, Obama n’a jamais représenté un espoir ou un rêve ou quelque chose du genre, car comme le rappelait à juste titre l’Honorable Ministre Louis Farrakhan « before he was elected, he was selected ». Et vu la qualité des personnes qui l’on sélectionné et les critères de sélection, nous n’avions aucun doute sur le personnage. Aujourd’hui regardez l’état social et économique des USA. Regardez les conséquences de la politique étrangère des USA. Ce n’est pas beau à voir, et il ne fait pas bon être Américain en 2014, il n’y a aucune raison de tirer fierté de cette nationalité aujourd’hui. Ce qui veut dire que même avec une famille noire à la Maison Blanche les fondamentaux des USA ne changent pas en termes de relations étrangères, de combat social ou encore d’option économique. C’est parce que les rennes sont ailleurs qu’à la Maison Blanche. J’espère au moins que nos frères et sœurs Africains du Continent et de la Diaspora auront enfin  compris cela. Mais d’un point vu purement panafricain, les deux mandats de Barack Obama auront eu le mérite de montrer au grand jour le devoir qui nous est fait de nous prendre en main car personne au monde n’est notre soutien naturel. Barack Obama nous a montré un exemple de froideur, de pragmatisme qu’il manquait à nos troupes trop mues par le sentimentalisme. Faisons bon usage de cet enseignement en commençant élever notre degré d’exigence envers nous-mêmes. Si avant-hier en tant que panafricain on pouvait se contenter de dénoncer, si hier on pouvait se contenter d’énoncer, aujourd’hui un panafricain véritable devrait obligatoirement s’engager physiquement, concrètement, entièrement dans l’application de nos préceptes philosophiques pour infléchir le cours de l’Histoire. L’on ne peut plus en 2014 se contenter de décrire ou de commenter l’Histoire, l’on se doit de l’écrire.

Questions de Pamphile Samba pour Oeildafrique.com

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