Togo : les quatre grandes raisons qui expliquent la victoire prévisible de Faure Gnassingbé

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Le président Faure Gnassingbé

Le président Faure Gnassingbé lors d’un meeting à Tado, au Togo, le 13 avril 2015.|Reuters /Noel Tadegnon

Ça y est. Au Togo, les jeux sont faits depuis mardi avec la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 25 avril par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Ces résultats donnent le président sortant, Faure Gnassingbé gagnant avec plus de 1,2 millions des voix, l’équivalent de 58% des voix. Dans le même temps, son principal challenger, Jean-Pierre Fabre reste à son poste de Chef de file de l’opposition avec près de 35% des suffrages exprimés.

Dans l’un, comme dans l’autre cas, plusieurs raisons peuvent expliquer la victoire de Faure Gnassingbé qui rempile pour un troisième mandat à la tête du Togo même si sa victoire reste à être confirmée par la Cour constitutionnelle qui devra gérer le contentieux électoral avant de proclamer les résultats définitifs.

La division de l’opposition togolaise

Il n’est plus un secret pour personne. L’opposition togolaise est rongée par des querelles intestines. Plusieurs leaders se vilipendent sur la place publique et certains se livrent à l’exclusion. L’opposition radicale, aujourd’hui incarnée par Jean-Pierre Fabre, candidat malheureux à l’élection présidentielle du 25 avril dernier, est devenu un véritable problème aux yeux de ses camarades de l’opposition.

Le leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), s’est plusieurs fois déclaré incontournable pour la victoire de l’opposition et a toujours pensé qu’en dehors de sa personne, aucune stratégie de l’opposition ne peut aboutir à la victoire. Une opinion qui a fini par mettre à l’écart plusieurs autres leaders de l’opposition qui se sont désolidarisés de sa candidature à la présidentielle de 2015. On note d’abord sa brouille avec Agbéyomé Kodjo (OBUTS) au lendemain des élections législatives de 2013, son clash avec Me Dodji Apévon (CAR) sur la stratégie à adopter pour arracher les réformes politiques pour mettre en difficulté le candidat du pouvoir. Désaccord qui a obligé le CAR a appelé au boycott de l’élection.

Cette position du boycott a été appuyée par Abass Kaboua, l’un des mobilisateurs de la Plage pour le compte de M. Fabre et une frange de la société civile qui pense qu’une élection sans les réformes n’était qu’une mascarade. Des facteurs qui ont fragilisé Jean-Pierre Fabre.

Le boycott record suite à la suite des réformes non appliquées

Ils sont plus de 87% des Togolais à exiger les réformes constitutionnelles et institutionnelles qui devraient consacrer des élections à deux tours et une limitation des mandats présidentiels à deux termes de cinq ans.

Mais le parti au pouvoir et le parti de Jean-Pierre Fabre se sont parfaitement entendus dans leur désaccord à ne pas mettre en œuvre les réformes qui devraient enraciner encore plus la démocratie au Togo. Pendant que l’ANC de M. Fabre s’opposait à une candidature pour un troisième mandat de Faure Gnassingbé, le parti au pouvoir faisait savoir que c’est Faure Gnassingbé ou bien pas de réformes. Au finish, les réformes n’ont pas été mises en œuvre et la plupart des Togolais ont estimé que les dés étaient pipés.

Dans ce contexte, il faut signaler que le parti de Jean-Pierre Fabre a été le premier à faire savoir lors de manifestations de rue, qu’il n’y aura pas d’élection sans la mise en œuvre des réformes avec le fameux slogan : «Pas de réformes, pas d’élection».

Et pendant qu’on disait tout cela, la révision des listes électorales a été faite et plusieurs militants de l’opposition ne se sont pas inscrits et d’autres ne sont pas allés renouveler leurs cartes d’électeur.

Logiquement, le jour du scrutin, il y a eu moins d’affluence dans les centres de vote et seulement 53% de ceux qui se sont inscrits sont allés voter.

Il faut noter que le boycott des élections a été beaucoup plus visible dans les régions du Sud du pays, réputées favorables à l’opposition alors que dans le nord, acquis au pouvoir, la mobilisation a été visible.

Le bilan des dix ans de pouvoir de Faure Gnassingbé

Si plusieurs raisons ont poussé certains togolais à ne pas s’intéresser à la dernière élection présidentielle, ceux qui se sont rendus aux urnes se sont bien décidés à accorder leur confiance à Faure Gnassingbé pour qu’il continue le travail à la tête du pays.

Pendant que les partisans de l’opposition peignent tout en noir et se mobilisaient pour obtenir une alternance au pouvoir à travers les urnes, d’autres personnes considéraient le bilan des dix ans de pouvoir de Faure Gnassingbé. En effet, même s’il reste beaucoup à faire et que les attentes sont encore grandes, il faut être honnête pour reconnaître que certaines choses ont changé au Togo depuis dix ans.

Du processus de réconciliation nationale à la modernisation des infrastructures routières pour soutenir l’économie togolaise en passant par la liberté d’expression, le financement des activités des plus pauvres, la relance du secteur agricole, il y a eu quelques raisons qui ont guidé le choix de plus de 1,2 millions d’électeurs sur Faure Gnassingbé.

Tous s’accordent à dire que le visage de la capitale togolaise, Lomé a complètement changé ces dernières années avant la modernisation du réseau routier. Il en est de même à l’intérieur du pays où des points critiques ont été éliminés sur la National N°1. Les zones difficiles d’accès sont en train d’être désenclavées.

Sur le plan économique, malgré la persistance de la corruption et des détournements, les finances publiques connaissent un début d’assainissement.

Une campagne extravagante avec le soutien des opérateurs économiques

Plusieurs opérateurs économiques et fonctionnaires de l’administration ainsi que des directions des sociétés d’Etat avaient pris le parti du président sortant. Ils ont mis des moyens à la disposition du candidat sortant dont les partisans ont également utilisé les moyens de l’Etat pour battre campagne.

Malgré le fait que le gouvernement ait financé à coup de 72 millions francs Cfa les candidats de l’opposition, la campagne électorale a été simplement déséquilibrée. Une campagne quelque peu extravagante pour le parti au pouvoir qui a confectionné des gadgets de toutes sortes ; ce qui a peut-être motivé le choix de quelques électeurs indécis qui ont dû voter pour M. Gnassingbé.

Ces opérateurs économiques sont les mêmes qui ont créé des dizaines d’associations de soutien à Faure Gnassingbé. Ces associations pour la plupart des jeunes et des femmes étaient assez organisées et avaient pour but de convaincre leurs membres à ne pas regarder ailleurs et de croire que Faure Gnassingbé reste l’homme de la situation. Visiblement cela a marché.

L’opposition de son côté n’a qu’une seule chose à faire, tirer les conséquences de cette défaite qui est prévisible au vu de sa désorganisation, de son auto désintégration et de sa stratégie d’exclusion des autres avec une logique égoïste qui a caractérisé son échec depuis déjà 25 ans. Faire la même chose tout le temps et espérer des résultats différents, est une folie, a récemment déclaré un acteur avisé de l’opposition togolaise.

La Cour constitutionnelle s’apprête à proclamer les résultats définitifs et Faure Gnassingbé restera à la tête du Togo jusqu’en 2020 et bouclera ainsi 15 ans, ajoutés aux 38 ans de son père, Eyadema Gnassingbé qui avait dirigé le Togo d’une main de fer.

© OEIL D’AFRIQUE

 


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