Transport en commun : Le phénomène des « demi-terrains » perdure à Brazzaville

Transport en commun : Le phénomène des « demi-terrains » perdure à Brazzaville

Congo Brazzaville des bus de transport en commun Appartenant tous à des privés

Malgré les différentes mesures prises par les autorités municipales afin de pallier les problèmes liés aux difficultés de transport en commun à Brazzaville, le phénomène des courtes distances, appelé communément « demi-terrains » perdure et s’aggrave. Les populations ne savant plus à quel saint se vouer

L’un des grands problèmes auxquels sont confrontés les habitants des grandes villes du Congo, particulièrement ceux de Brazzaville, demeure celui des transports. En l’absence d’une société municipale, le transport en commun est assuré dans la capitale congolaise par des opérateurs privés : il s’agit des commerçants, cadres et hommes politiques qui se sont investis dans ce secteur et qui ne semblent pas jouer franc-jeu ni avec les usagers, ni avec les autorités municipales. Les populations continuent de subir les caprices de ces opérateurs qui foulent aux pieds, et sans états d’âme, les nouveaux itinéraires des bus et minibus fixés en 2006.

En effet, dans le cadre des nouvelles dispositions, les services municipaux ont répertorié quelque quarante lignes intra-urbaines et huit lignes périurbaines à travers lesquelles les bus et minibus devraient circuler dans la ville. L’arrêté n°172 du 24 février 2006 fixant ces itinéraires est entré en vigueur depuis le 25 mars 2010, mais il n’est pas respecté. Car, en dépit de l’affichage des itinéraires sur leurs véhicules, les chauffeurs et contrôleurs des bus et minibus s’ingénient par tous les moyens à perpétrer le système de « demi-terrain ». Les campagnes de vulgarisation menées par la mairie centrale et la police, au cours lesquelles il était demandé à tous les équipages des bus et minibus d’afficher leurs itinéraires sur les pare-brise de leurs véhicules, n’ont pratiquement rien donné.

Pour preuve, pour partir de l’arrêt de bus Congo-Pharmacie à Massengo, en passant par Mpila, l’hôpital de Talangaï et le terminus de Mikalou, l’usager doit dépenser au moins 650 francs CFA ; soit 1350 francs CFA en aller et retour. Les dépenses s’effectuent comme suit : de Congo-Pharmacie au rond-point Ebina : 150 F ; du rond-point Ebina au terminus Mikalou : 150 F ; du terminus Mikalou au lycée Thomas Sankara : 150 F ; du lycée Thomas Sankara à Nkombo : 100F ; de Nkombo à Massengo: 100F.

Celui qui quitte Congo-Pharmacie pour Massengo en passant par Poto-Poto, Mampassi, Texaco et le terminus Mikalou, doit dépenser 750 francs CFA, soit 1500F en aller et retour, repartis comme suit : de Congo-Pharmacie à Mampassi : 150F ; de Mampassi à Texaco : 150F; de Texaco au terminus Mikalou : 100F ; du terminus Mikalou au lycée Thomas Sankara: 150F ; du lycée Thomas Sankara à Nkombo : 100F ; de Nkombo à Massengo : 100F.

L’usager qui passe par Moukondo dépense 100 francs de moins que celui qui passe par l’hôpital de Talangaï : de Congo-Pharmacie au rond-point de Moungali : 150F ; du rond-point de Moungali au terminus de Moukondo : 150F ; du rond-point de Moukondo à Nkombo : 150F ; de Nkombo à Massengo : 100F. Donc, 550F, soit 1100 francs CFA en aller et retour.

La situation semble moins compliquée pour les usagers qui vont dans la partie sud de la ville. Car, ils peuvent partir de Congo-Pharmacie au pont du Djoué en payant seulement 150 francs CFA ; tout comme ceux qui vont au-delà de la mairie de Makélékélé. Tout le monde constate qu’en allant dans les quartiers sud de Brazzaville, les chauffeurs et contrôleurs de bus et minibus paraissent plus compréhensibles et moins cupides, que lorsqu’ils vont dans les quartiers nord de la ville. M. Ludovic, un des chauffeurs de bus que nous avons interrogés, a répondu clairement :
«Les populations des quartiers sud de Brazzaville n’ont pas beaucoup d’argent. C’est pourquoi nous ne pratiquons pas des demi-terrains là-bas. Ensuite, comme la majorité des chauffeurs sont les gens de Makélékélé et Bacongo, ils ne peuvent pas pratiquer les demi-terrains dans les quartiers sud de Brazzaville. Il y a aussi que nos patrons sont exigeants. Comme ils n’acceptent pas qu’on leur verse des petites recettes, nous sommes obligés de pratiquer les demi-terrains pour avoir l’enveloppe requise. Nos patrons sont en majorité les mêmes qui dictent ces lois. A ce moment là, qui va contrôler qui? C’est ça le vrai problème. Ce n’est pas la faute aux chauffeurs et contrôleurs».

Il était dit que les contrôleurs et chauffeurs de minibus qui ne respecteraient pas les itinéraires indiqués sur la plaque de ligne devraient être interpellés et soumis au paiement d’une amende de 50.000 francs CFA. Des équipes de la police avaient même été mobilisées entre-temps en vue d’éradiquer le phénomène de demi-terrain, mais sans succès puisque le phénomène a repris avec force. Les conséquences de ce phénomène sont énormes : retards répétés dans les lieux de service, les entreprises, les établissements scolaires ; augmentation du taux d’absentéisme ; attroupements dans les arrêts de bus occasionnant parfois des acte de vols et ; etc. Tout cela a un manque à gagner.

Création d’une société de transport urbain

Les Brazzavillois qui espéraient sur la création d’une société de transport urbain, dont le projet a été adopté par le conseil municipal lors de sa 4ème session ordinaire en septembre 2009, s’interrogent désormais sur la suite de ce projet. Un mémorandum a été même signé entre la mairie de Brazzaville et deux sociétés ivoiriennes de transport, notamment la Société de transport abidjanais (SOTRA) et le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD). Le projet visait la mise en place d’un transport terrestre et fluvial dans la ville pour assurer les mouvements de personnes des quais d’accostage vers les terres et vice versa sur les axes perpendiculaires au fleuve et assurer les mouvements de personnes sur les axes parallèles au fleuve.

Mais, jusque-là, plus rien n’a été entendu à ce sujet. En réalité, pour remédier au phénomène de « demi-terrains », la mairie devrait acheter de bus de grande capacité susceptibles de couvrir tout le long du trajet. En attendant, il devrait avoir un suivi à travers la police routière de l’application des mesures prises. Cela n’est pas nouveau, car dans les années antérieures des expériences sur le transport urbain avaient donné des résultats satisfaisants. Le problème réside en ce que les bonnes expériences ne sont pas pérennisées au Congo.

L’écrivain Cyriaque Mongo Dzon n’a-t-il pas raison quand il écrit dans son ouvrage intitulé « Quelle refondation pour le Congo? » : «Ce qui est grave pour le Congo est que nous avons perdu le sens de la mesure. On prend trop de temps pour un rien, pour une petite tâche, un petit dossier. Pire, on tergiverse même pour des dossiers sensibles dont dépendent des vies humaines».

Gaspard Lenckonov

 

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