Une « décolonisation des esprits » des Africains s’impose.

Une « décolonisation des esprits » des Africains s’impose.

Par Patrick Mbeko

L’été passé, alors que nous discutions de la situation en Côte d’Ivoire et en Libye, un Professeur d’université d’Ottawa d’origine africaine assisté d’un conseiller d’ambassade d’un pays africain, me lança de tout go : « Patrick, que pouvons-nous faire pour l’Afrique afin de ne pas nous faire prendre par ces Occidentaux. » Je lui ai répondu : « Nous devons commencer par éduquer nos populations aux choses essentielles…» Je ne parle pas ici de l’instruction académique dans le genre de ce qui nous est administré dans nos « belles universités » en Occident.  Il faut commencer par « décoloniser les esprits ». Vous savez, la plus grande entreprise de l’œuvre coloniale et de l’impérialisme, c’est la colonisation des esprits, autrement dit l’endoctrinement. Quand on a l’esprit lavé, on ressemble aux adeptes de certaines sectes. On suit à la lettre ce que dit le gourou, et bien souvent, on n’a même pas besoin d’un ordre pour s’exécuter car on sait automatiquement ce qui doit être fait. Notre façon de penser est conditionnée aux désidérata du « maître ». Si en Occident, le système d’endoctrinement a permis aux élites de manipuler le peuple à leur guise, en Afrique, il a permis d’assujettir les peuples au système capitaliste. Non seulement on a poussé les Africains à renier ce qu’ils sont, mais en plus on a façonné leur manière de penser au point qu’ils pensent le monde à travers les canons de la culture occidentale qui a sciemment falsifié l’histoire à son avantage. On leur a fait croire qu’il suffit d’aller à l’université (Je ne dis pas qu’il ne faut pas aller à l’université) et gober tout ce qui se dit dans les départements des Sciences sociales et humaines, sans aucune analyse, pour devenir intelligent et libre. Or cela est faux. Car c’est justement dans ces institutions et dans les médias qu’on façonne notre façon de voir le monde. On nous enseigne ce qui est utile au pouvoir, à l’establishment. Par des techniques de manipulation très sournoises, on ne nous permet pas de comprendre les problèmes auxquels l’Afrique fait face depuis des décennies. Il n’existe plus d’événements politiques en fonction desquels les sujets d’une histoire se déterminent. Pourquoi toutes ces guerres en Afrique? Pourquoi le génocide rwandais? Pourquoi l’exportation de la guerre rwandaise au Congo? Pourquoi y a-t-il des guerres « civiles » dans les seuls pays africains riches en ressources naturelles? Face au désintéressement de la majorité des intellectuels africains sur les grands problèmes du continent, la ploutocratie occidentale – à la base de plusieurs carnages −, par l’entremise de ses « intellectuels de service » et ses médias, impose sa propre lecture des événements. Mais la plupart des Africains ne comprennent pas cela.

Durant la discussion que j’avais avec mes interlocuteurs compatriotes africains, j’ai prévenu le conseiller d’ambassade qui était là que « l’Afrique va connaître dans les mois à venir des moments douloureux si les différents gouvernements n’y prennent garde. » Je lui ai fait comprendre que le capitalisme est entré dans une phase d’auto-déstruction irréversible, que les tenants d’un ultra-libéralisme tout puissant, confrontés à la percée fulgurante de la Chine en Afrique et au retour en puissance de la Russie sur la scène internationale, n’hésiteront pas, tels des chiens enragés et blessés, à mettre le continent noir à feu et à sang. Les pseudo-révolutions arabes, l’invasion de la Libye et la situation de chaos entretenue au Mali (en vue peut-être de mettre la main sur l’Algérie) sont autant d’éléments qui doivent pousser les Africains à la plus grande prudence. Cette nébuleuse dénommée AQMI est contrôlée par les services secrets occidentaux. Au moins cette bêtise [ajouté à cela la propagande manquée sur KONY 2012] a donné un merveilleux prétexte aux Américains pour introduire l’AFRICOM sur le continent pour une guerre sans merci contre la Chine et la Russie.

Il est grand temps d’éduquer les peuples d’Afrique, assis sur des richesses convoitées par les grandes puissances, aux choses essentielles et non leur apprendre les « merveilles imaginaires » du FMI, de la CPI, de la Banque mondiale ou de l’OMC, toutes des organisations occidentales qui n’ont « d’internationale » que le nom. L’Afrique ne doit pas seulement se réapproprier son histoire, elle se doit d’avoir aussi sa propre identité intellectuelle. Comme le disait Cheick Anta Diop, « l’Afrique, devrait, sur des thèmes controversés, être capable d’accéder à la vérité par sa propre investigation intellectuelle et se maintenir à cette vérité jusqu’à ce que l’humanité sache que l’Afrique ne sera plus frustrée, que les idéologues perdront leur temps parce qu’ils auront rencontré des intelligences égales, capables de leur tenir tête sur le plan de la recherche de la vérité. » Et c’est cette vérité qui nous guidera dans nos choix dans l’avenir. Des choix meilleurs pour l’avenir de toute l’Afrique…

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.



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