Vital Kamerhe : «Le gouvernement d’union nationale est un non-événement»

 [GARD align= »center »]

Le président de l'Union Nationale pour le Congo, Vital Kamerhe

Le président de l’Union pour la Nation pour le Congo, Vital Kamerhe

Entretien avec Vital Kamerhe président du parti de l’Union pour la Nation congolaise (Unc), ancien président de l’Assemblée nationale, opposant au régime de Kinshassa, dans lequel il relate, entre autres, son refus catégorique à la participation du gouvernement d’union nationale, une sévère critique du bilan de Kabila, …

Les Afriques: Au terme d’une longue attente qui aurait duré environ 13 mois, la formation du gouvernement de cohésion nationale, issue des concertations nationales d’octobre 2013 auxquelles votre parti n’avait pas pris part, a été rendue publique le 7 décembre dernier. Quel est votre commentaire ?

Vital Kamerhe : En ce qui nous concerne, c’est un non-événement.

LA : Aviez-vous été approché par le pouvoir pour intégrer cette équipe gouvernementale dans l’intérêt supérieur de la nation ?

V.K. : Ils connaissaient notre point de vue, cela n’au- rait servi à rien !

LA : En 2009, quand vous étiez président de l’As- semblée et que vous avez rompu avec Joseph Ka- bila, vous lui aviez reproché un manque de fermeté face au Rwanda. Aujourd’hui, est-ce que vous n’êtes pas obligé de dire, cinq ans après, fina- lement, je me suis trompé, après la victoire sur le M23 et la pacification à l’Est ?

V.K. : La défaite du M23 n’est pas due à l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais, ou à la colla- boration des Fardc avec l’armée rwandaise que je sache ! Il ne s’agissait pas d’une question de fermeté, mais de respect des principes et règles de fonction- nement des institutions de la République.

LA : L’Afrique est depuis un moment secouée par la propagation fulgurante de l’épidémie du virus Ebola qui n’a pas épargné pour la 7ème fois la RDC. Com- ment analysez-vous cette situation qui risquerait de perturber la croissance économique du continent ?

V.K. : Sans remettre en cause l’impérieuse nécessité de combattre Ebola (et l’épidémie a été vaincue en RDC), il me semble que nous avons tendance à ou- blier que le paludisme tue plus que toute autre mala- die sur notre continent ! Et quand nous analysons la part de nos budgets qui est allouée à la santé, à l’ha- bitat… nous tirons la conclusion qui s’impose : notre vision de développement est erronée, car elle ne met pas l’humain au centre de tout.

LA : A deux ans de la fin du mandat constitution- nel de Joseph Kabila, objectivement quel jugement portez-vous sur le bilan de sa gouvernance ?

V.K. : Selon la Banque mondiale, la RDC reste un pays fragile. Et «la fragilité se dessine sur fond de pauvreté et de disparité d’accès aux services sociaux et aux infra- structures. Tous les indicateurs du développement hu- main sont à des niveaux très modestes et l’indice de développement humain (IDH) pour 2014 place la RDC au 186ème rang sur 187 pays.» C’est tout dire !

Il vous suffit de vérifier quelques indicateurs pour vous faire une opinion.
– Taux de desserte électrique : 1% en milieu rural, entre 30 et 35% en milieu urbain. Taux moyen na- tional entre 7 et 9%.

– Taux de desserte en eau potable : 26% inférieur à la moyenne africaine qui est de 60%
– Taux d’accès aux soins de santé : d’après l’OMS, il oscille entre 40 et 50%.

En clair, plus de 30 millions de Congolais n’accèdent pas à des soins de santé de qualité. À côté de ces chiffres, il faut ajouter le délabrement des infrastructures sani- taires, construites pour la plupart à l’époque coloniale et peu après l’accession de la RDC à l’indépendance. Taux d’accès à l’éducation : plus ou moins 90% au primaire et 40% au secondaire, mais avec près de 65% des locaux scolaires du primaire et 55% des locaux du secondaire pas en dur et/ou dans un état de délabre- ment avancé et ne disposant pas toujours des équipements indispensables (table-banc, manuels). Les enseignants, insuffisamment formés, sont peu motivés par un salaire dérisoire (moins de 25$/mois dans les zones rurales). La part du budget alloué à l’éducation est de 5,4% du budget national pour l’ensemble du système éducatif, ce qui est nettement inférieur à la norme de l’initiative Fasttrack, de 20%.

LA : La chute de Blaise Compaoré au Burkina Faso il y a quelques semaines peut-elle servir de leçon aux autres chefs d’Etat en fin de mandat ?

V.K. : Certainement pour les raisonnables ! Mais avons-nous encore besoin de cela pour comprendre que l’Afrique des dictateurs n’a plus lieu d’être ?

LA: Le secrétaire d’État américain John Kerry en vi- site à Kinshasa en mai dernier avait clairement insisté sur le fait que Joseph Kabila devait respecter la Constitution. François Hollande au sommet de Dakar a aussi appelé les chefs d’État en fin de man- dat de respecter leurs constitutions. Nous imaginons que pour un opposant comme vous qui redoute des manipulations de la Constitution, vous êtes satisfait ?

V.K. : Je me sens plutôt humilié à la place de nos dirigeants à qui ces messages sont adressés. Ma satis- faction dépendra du respect par le Garant constitutionnel de notre texte fondamental, et à dé- faut, par l’auto-prise en charge du Souverain primaire pour la défense de ses aspirations fondamentales ; la liberté, la dignité, la paix, la sécurité, le développe- ment, …exprimées dans la Constitution.

LA : Que redoutez-vous réellement au sujet de tout projet tendant à modifier le calendrier électoral et le mode de scrutin de désignation des élus ?

V.K. : Qu’un homme ou un groupe d’hommes se substitue au souverain primaire !

LA : Êtes-vous prêt au niveau de l’opposition à ouvrir un dialogue avec le pouvoir pour trouver un consensus autour de la question de l’avenir de Joseph Kabila si ce dernier renonçait à se porter candidat pour un troisième mandat ?

V.K. : Par principe, la problématique, si problématique il y a, ne devrait pas se poser en ces termes-là. Le respect par tous de notre texte fondamental ne doit pas faire l’objet d’un quelconque dialogue, et encore moins d’un consensus à trouver entre l’opposition et le pou- voir. L’avenir du président de la République est déjà réglé par nos lois. Celui de Joseph Kabila ne dépend que  de lui-même comme celui de tout Congolais.

LA : Au regard de tout ce qui précède, pensez-vous que la démocratie congolaise est en danger ?

V.K. : Toute démocratie l’est chaque fois que ses fondements sont remis en question pour des raisons partisanes.

LA : En termes de projet politique, quelle alter- native proposez-vous en RDC ?

V.K.:RefonderleCongolaisetlaCongolaise.Carnotre crise est avant tout une crise d’homme. Dans l’Évangile de Matthieu chapitre 9, verset 17, il est écrit : «On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, autre- ment les outres se rompent, le vin se répand, et les ou- tres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent.»

LA : En 2016, qui sera le véritable vainqueur ? Le peuple congolais ou la démocratie congolaise ?

V.K. : Notre engagement politique repose sur le com- bat pour la victoire du peuple.

LA : Votre mot de la fin.

V.K. : Il est temps de réaliser ces mots du Prophète Isaïe, 19 ; «23 En ce jour-là, il y aura une route d’Égypte en Assyrie ; l’Assyrien viendra en Égypte, et l’Égyptien ira en Assyrie, et l’Égypte servira Yahweh avec Assur.
24 En ce jour-là, Israël s’unira, lui troisième, à l’Égypte et à l’Assyrie, pour être une bénédiction au milieu de la terre.
25 Yahweh des armées les bénira en disant : «Bénis soient l’Égypte, mon peuple, et Assur, l’ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage !».

Propos recueillis par Rodrigue Fénelon
Pour Les Afriques

Fénelon Massala

Fénelon Massala

Journaliste, Grand Reporter.


Tags assigned to this article:
congojoseph kabilaRDCVital Kamerhe

[wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4]

Related Articles

Réaction de Gaspard-Hubert Lonsi Koko sur une nouvelle ouverture politique en RDC

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, est en train de consulter les différentes forces vives de

[Interview] – Patrick Mbeko : « Il ne faut pas s’étonner de voir les richissimes frères Soriano faire main basse sur l’opposition congolaise »

[GARD align= »center »] Patrick Mbeko ne laisse pas indifférent. Auteur de plusieurs ouvrages de géopolitique dont le denier est « Objectif Kadhafi ».

Droit de Cité: Stéphan Funga créateur du réseau social, FaceCongo

[GARD align= »center »]   © OEIL D’AFRIQUE Follow @oeildafrique1 [GARD align= »center »]

1 commentaire

Espace commentaire
  1. Papy Eloko
    Papy Eloko 22 décembre, 2014, 16:47

    Vraiment j’ai aimé ces propos de Mr Vital Kamerhe qui,j’ai toujours admiré sa façon d’agir!
    Nous savons que mr kabira a très mal géré le Pays de Mobutu et de Lumumba, kabira a toujours été un joueur de Kagame et de Museveni au Congo. Il n’est secret pour personne que les vrais responsables des massacres de nos populations, viols massifs de nos mamans, pillage de nos minerais et génocide Congolais sont le trio Kabira-Kagame-Museveni avec certains collabos de part et d’autre:Jems kabarebe, Mende on ment langa,Boshab,Ki Malumalu, nkoy kuluna, mushikuabo et autres…
    Nous demandons à Bensouda et sa CPI ne cesser d’être aveugle pour les crimes contre l’humanité dont la RDC est victime depuis 1996 à ce jour!

    Répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*